Dans la Route du Rhum, les skippers de la classe IMOCA sont passés sous la barre des 1000 milles restant à parcourir. Mardi midi, Roland Jourdain, en tête depuis le 3 novembre, devançait Armel Le Cléac’h et Jean-Pierre Dick. Mais la course est loin d’être jouée car la flotte va devoir affronter une dépression tropicale puis négocier des conditions météorologiques très instables à l’approche de la Guadeloupe. De quoi relancer le match en tête de la flotte.
Après un léger répit lundi, les six « nordistes » ont connu une nuit difficile, durant laquelle ils sont parfois restés bloqués dans une bulle sans vent pendant de longues heures. Ce mardi, le groupe de tête va connaître une journée de transition, avant de vivre à nouveau des heures difficiles puisqu’il va devoir négocier le passage d’une dépression tropicale dans la nuit. Forcément redouté par les marins, ce phénomène météorologique pourrait changer la donne en tête de la course. D’autant que les conditions s’annoncent particulièrement incertaines.
« Flou artistique »
« On va arriver dans la dépression tropicale où on ne sait pas bien ce que l’on va trouver », expliquait Vincent Riou mardi matin. Avant d’ajouter : « On sait qu’il n’y a pas beaucoup de vent sur les fichiers mais ça ne veut rien dire a priori. De fait, c’est le flou artistique ». « On ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé », confirmait Christopher Pratt, également joint mardi matin. Les marins et leurs montures vont une nouvelle fois être fortement sollicités dans cette Route du Rhum éprouvante. Marc Guillemot résumait bien la situation lundi : « L’Atlantique est particulièrement instable cette année : nous allons encore avoir de grosses molles, des vents contraires, des grains pour contourner la dépression tropicale qui arrive. L’approche de la Guadeloupe s’annonce très difficile et tout reste à faire, pour les uns comme pour les autres ». Le bilan à la sortie de la dépression tropicale sera donc forcément instructif, mais pas définitif car les huit skippers encore en lice devront ensuite aborder une vaste zone de calme sur les Antilles. A moins de 1000 milles de l’arrivée, la course est donc loin d’être terminée.
Vers un doublé de Bilou ?
Dans ce contexte, les choix stratégiques vont prendre une importance majeure dans cette fin de parcours semée d’embûches. Certaines options ont déjà été prises en vue du final. Ainsi, Armel Le Cléac’h a choisi de se décaler au sud dès dimanche. Il a expliqué son choix lors d’une vacation effectuée ce mardi matin : « Ma stratégie depuis plusieurs jours, c’est de pouvoir me situer plus au sud de la flotte à l’approche de la dépression et ainsi, j’espère, être mieux placé pour la suite. Après-demain (jeudi, ndlr), la course deviendra plus stratégique, c’est sûr ». Lundi soir, le skipper de Brit Air avait 17 milles de retard sur Roland Jourdain qui ne pouvait que constater un resserrement en tête de la flotte, cinq concurrents pointant à moins de 100 milles de son Veolia environnement. Au relevé effectué mardi midi, la situation avait complétement changé puisque le tenant du titre devançait le skipper de Brit Air de 41 milles et avait relégué tous ses autres adversaires à plus de 100 milles. Mais pour remporter une deuxième fois la Route du Rhum, Roland Jourdain devra certainement contenir les assauts de ses poursuivants jusqu’aux derniers milles. Seul certitude : Michel Desjoyeaux et Arnaud Boissières, les deux partisans de la route sud, semblent hors jeu pour la victoire finale.
Pour les autres, tout reste encore possible car l’histoire de la Route Rhum a déjà prouvé que rien n’est joué avant le contournement de l’île et le passage de la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre. Roland Jourdain en sait quelque chose : en 2006, il disposait d’une avance confortable de 150 milles sur Jean Le Cam la veille de l’arrivée. Il ne l’avait finalement précédé que de 26 minutes sur la ligne…
Classement du 9 novembre à 11h40
1 - Roland Jourdain (Véolia Environnement)
2 - Armel Le Cléac'h (Brit Air), à 41.1 milles
3 - Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), à 114.6 milles
4 - Vincent Riou (PRB), à 115.9 milles
5 - Marc Guillemot (Safran), à 145.7 milles
6 - Christopher Pratt (DCNS), à 221.9 milles
7 - Arnaud Boissières (Akena Vérandas), à 399.1 milles
8 - Michel Desjoyeaux (Foncia), à 459.1 milles
ABD – Kito de Pavant (Groupe Bel)