Roland Jourdain avait le sourire des grands jours en passant la ligne d'arrivée de la Route du Rhum en vainqueur. Le skipper de Véolia Environnement a bouclé sa traversée en 13 jours, 17 heures, 10 minutes et 56 secondes, à la moyenne de 12,02 nœuds sur une distance totale parcourue de 3 957 milles. Bilou qui a menée la course quasiment de bout en bout, réalise un doublé historique, après sa victoire de 2006. Moins de huit heures plus tard, c'est Armel Le Cléac'h qui s'adjuge la deuxième place devant Marc Guillemot (Safran).
Disert comme à son habitude, Roland Jourdain s'est livré avec humour et générosité au jeu des questions...
Qu'est-ce qui a été le plus dur ?
Roland Jourdain : "On dit toujours que les courses qu'on vient de faire sont les plus dures. Là c'était dur, mais j'étais en phase. Tout allait dans le bon sens à chaque fois. J'étais peut-être dans un état de grâce"
L'arrivée en Guadeloupe ?
RJ : "Cette fois-ci, je n'avais pas un Jean Le Cam derrière moi... Il ne m'a pas trop manqué ! La chance que j'ai eu, c'est que j'avais un petit matelas sur Armel et les autres à l'arrivée, cela m'a permis de vivre ma fin course intensément. Puis il y a eu ce final où tu te dis quand même que tu fais le plus beau métier du monde et que quand ça passe c'est merveilleux"
L'entente avec le bateau ?
RJ : "Je pense que l'on s'est bien compris, on s'est en tous les cas apprivoisé. Je savais que le bateau était bon mais je savais aussi que la concurrence était rude parce que les montures des autres sont très bonnes. J'ai pris un mauvais départ parce que j'ai eu un souci avec ma chaussette à spi. Je suis parti derrière la flotte et le soir j'étais avec Mich (Desjoyeaux) et Jean-Pierre (Dick). On s'est tiré la bourre à Ouessant. J'avais de la facilité, j'allais vraiment bien. Et là je me suis dit "lui et toi vous allez vous entendre". J'étais vraiment bien, très à l'aise sur le bateau.
L'état du marin à l'arrivée ?
RJ : "Je disais à mon fils à l'arrivée qu'il y a des choses que je ne comprendrais jamais. Comment on peut faire des choses en course que jamais on n'arriverait à faire à l'entraînement, comme hisser le gennaker, matosser dans un virement... J'ai tout donné ! C'est sûr qu'à 45 ans, ça oblige peut-être à réagir différemment. Ces machines là, il faut gérer pour aller vite"
La victoire ?
RJ : " On prend des risques, parfois on gagne, des fois on perd. Avec mon sponsor, on n'avait pas gagné ensemble et cette victoire est hyper importante pour moi ! On est quand même là pour mettre des cerises sur les gâteaux. Je n'avais pas de pression si ce n'est celle que je me mets en tant que compétiteur. A Saint-Malo, je ne pouvais pas le dire mais je pensais que j'allais la gagner, parce qu'il fallait que ça se passe comme ça, parce qu'on a d'autres projets à développer maintenant. Je n'avais rien gagné depuis 4 ans, il fallait le faire avant de tourner une page"
Le doublé ?
RJ : "Le doublé, c'est un plus. Dans notre sport, on n'a pas un match tous les samedi soirs. On a une grosse épreuve par an, nos carrières sont fragiles. Si on regarde les chiffres, les statistiques, comme on fait dans les autres sports, il y a eu de la casse, des abandons... Il fallait gagner. J'ai le sentiment d'avoir bien bossé et vraiment qu'on a tous bien bossé, le bateau est nickel, vraiment bien préparé. C'est toute une énergie collective et ça fait plaisir de l'amener à la première place"