Vendée Globe

Le premier IMOCA « Swiss Made »

Le premier IMOCA « Swiss Made »
© Philippe Schiller / Rivacom
Le 06 avril 2011

Nous vous l'avons déjà présenté ce lundi alors qu'il sortait de chantier, emballé comme un beau cadeau ou comme une œuvre de Christo ! Le nouveau bateau de Bernard Stamm, qui répond au nom de code «  Rivages 2012 », est sorti du chantier suisse Décision SA sur les bords du lac Léman.  Signé Juan Kouyoumdjian, le dernier-né des IMOCA pour le prochain Vendée Globe a bénéficié de toute de la rigueur et de la précision qui font la légende des réalisations suisses.

Du grand art et du travail d’orfèvre pour ce coursier océanique taillé pour la navigation  solitaire de haute mer, le premier à voir le jour à l’ombre du chantier vaudois dont la réputation n’est plus à faire. Rencontre avec Bertrand Cardis, le maître d’œuvre de ce nouveau monocoque de choc qui n’a rien voulu laisser au hasard face aux enjeux liés à la construction d’un tel prototype…
 
La sortie, et donc la livraison, de ce premier 60 pieds IMOCA, cela doit être pour tout le chantier Décision un jour très spécial ?
Bertrand Cardis : «  C’est toujours une satisfaction de voir sortir un bateau du chantier. Depuis 1984, c’est le 58è à voir le jour, ici, à Ecubens. Depuis le début, nous avons toujours eu la chance de construire des bateaux assez exceptionnels. En matière de haute mer, nous avons l’expérience des bateaux de l’époque de la Whitbread, avec notamment le ketch La Poste, skippé sur la fin par Eric Tabarly. Puis, nous avons  travaillé sur des multicoques, les Class America du team Alinghi, les Décision 35 qui ont relancé la compétition sur le lac Léman, ou encore un avion solaire, le Solar Impulse… Cela fait plaisir qu’il s’agisse cette fois d’un IMOCA, une belle classe, et surtout du bateau de Bernard Stamm, que je connais presque depuis l’enfance, avec forcément une dimension affective supplémentaire. »
 
Quels sont les enjeux pour la construction d’un IMOCA dédié à disputer Vendée Globe ?
B.C : « Pour la navigation solitaire en haute mer, il s’agit de toujours raisonner en termes de fiabilité, de facilité. Dans cet objectif, nous avons réalisé une maquette du cockpit à l’échelle 1 pour bien mesurer que Bernard se sente à l’aise pour les manœuvres, que les distances entre les winchs et l’ergonomie générale soient bien adaptées à sa taille et à sa façon de naviguer. Il s’agissait aussi de bien évaluer jusqu’où aller -  et pas trop loin -  pour garder un bateau simple.  Depuis un an, la philosophie du chantier a vraiment été d’aboutir à un bateau qui va vite facilement. »
 
On sait que la construction d’un prototype pour un tour du monde constitue un défi à la fiabilité. Comment avez-vous travaillé pour éviter les risques d’avaries et de casse structurelle ?
B.C : « Nous avons essayé d’être systématiques dans la construction du bateau dans sa globalité. Toutes les pièces ont été contrôlées par ultrasons ou radiographies, exactement comme ce qui se fait pour l’America’s Cup. Pour éliminer les zones à risques et être sûrs que le bateau ne sorte pas du chantier avec des défauts, nous avons suivi une logique d’un très haut niveau de contrôle qualité. Nous avons vérifié toute la surface de la coque, toutes les pièces structurelles importantes, comme tous les petits endroits où nous avons pu, à un moment donné, avoir des doutes. Le travail du composite, qui porte bien son nom, cela reste une alchimie et de la mise en œuvre. Si jamais l’interface entre les différents composants n’est pas parfaite, on peut en effet rencontrer des problèmes dans la résultante mécanique des matériaux. »
 
Quel a été la planning de construction de ce nouveau bateau ?
B.C. : «  Nous ne sommes pas partis d’un sistership avec des moules existants, mais de zéro. Il y a un an, nous avons commencé par créer tous les outillages nécessaires pour construire ce bateau. Puis, nous avons poursuivi avec le pont afin de laisser un maximum de temps à l’architecte pour dessiner la coque, que nous avons démoulée au mois d’août. Le premier pli de carbone a ensuite été posé en septembre dernier.  Un IMOCA, c’est 35 000 heures de travail de construction : c’est énorme face aux 22-23 000 heures nécessaires pour un Class America. Cela donne toute la mesure du niveau de complexité de ce type de bateau… »
 
Programme 2011

- 4 avril :  sortie du chantier Décision SA, Eclubens (Suisse) et convoyage par la route jusqu’à La Ciotat (13, France) où il sera quillé, mâté, accastillé

- 9 mai : première sortie en mer et série de navigations test

- 2 juillet : départ de l’Europa Race (Istanbul-Barcelone-Brest-Hambourg-Cowes)

- 30 octobre : départ de la Transat Jacques Vabre
 

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