Quel regard porte Michel Desjoyeaux sur les monocoque IMOCA de dernière génération, construits dans la perspective du prochain Vendée Globe ? Nous avons posé la question au double vainqueur de l'épreuve. Voici ses réponses.
Michel Desjoyeaux : "Il y a deux bateaux que je connais forcément très bien. Mon ex-Foncia 2, aujourd'hui dans les mains d'Armel Le Cléac'h sous le nom de Banque Populaire et celui de François Gabart (Macif). Pour moi ce sont quasiment les deux mêmes machines, à quelques subtilités près. A mon sens ce sont ceux dont les carènes utilisent au mieux les dernières contraintes de modification de la jauge, notamment sur la limitation du couple de redressement. Le fait que nous ayons gardé les safrans Farr leur confère une grande douceur de barre. L'avantage est que tu sollicites beaucoup moins les pilotes et que tu consommes donc moins d'énergie."
Et le nouveau Virbac-Paprec 3 ?
MD : "Le bateau de Jean-Pierre Dick est de la même famille. On parle de la même génération de bateaux, d'une famille de carènes qui est très proche de celles de Macif et de l'ex-Foncia. On est aussi sur les mêmes principes d'appendices. Je pense que les performances de ces trois bateaux-là seront proches. Après, heureusement qu'une bonne partie de la responsabilité de la performance reste au marin et à sa façon de mener sa machine !"
Que penses-tu du nouveau plan Kouyoumdjian Cheminées Poujoulat ?
MD : "Je ne peux pas en dire grand chose, car je ne l'ai pas beaucoup vu naviguer, mais je ne suis pas convaincu, dans le petit temps, par la position du cockpit très en arrière. Ce qui est sûr, c'est que ce sera un bateau très sollicitant pour son skipper (Bernard Stamm) et pas très confort, car les avants très volumineux passent beaucoup moins facilement dans la mer."
Quelles différences entre le nouveau PRB et Safran
MD : "Le cas du nouveau PRB de Vincent Riou est un peu différent car c'est la version jauge IMOCA 2009 du Safran de Marc Guillemot, mais avec un mât plus court de 70 cm et des outriggers, d'où des différences de performance : théoriquement, PRB devrait être un peu moins à l'aise que Safran dans le petit temps, mais ce désavantage s'inverserait dans la brise, puisque dans ces conditions-là, le nouveau PRB aura moins de mât inutile."
Un exemple d’évolution de la dernière génération ?
MD : "L'inclinaison de l'axe de rotation de la quille. On lève l'avant de cet axe, ce qui donne de l'incidence à la quille qui fait alors foil, ce qui revient à cabrer le bateau. Sur les plans Farr cette inclinaison était de 2 degrés, de 5 sur Safran et maintenant on est à 7,5."
En conclusion ?
MD : "Une hiérarchie existe en faveur des nouveaux projets, mais les marins sont assez bons pour rester à la hauteur de ce qu'ils ont entre les mains. Lors des entraînements, ceux qui ont de bonnes machines sont dans le coup et vont bien tout le temps. Banque Populaire est très à l'aise par exemple avec Armel Le Cléac'h. François Gabart et Macif ont encore une marge de progression à aller chercher, c'est normal."