Vendée Globe

Il y a trois ans, une semaine en enfer

Il y a trois ans, une semaine en enfer
© VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globe
Le 16 novembre 2011

Flashback : il y a trois ans, le 9 novembre 2008, un Vendée Globe d’exception s’élançait des Sables d’Olonne : 30 bateaux au départ ! Les chroniqueurs parlent de « course du siècle ». L’impact médiatique est énorme. L’Atlantique, lui, va se fâcher tout rouge… Retour sur cette première semaine de course entrée depuis dans la légende du Vendée Globe…

 

Trente bateaux au départ, dont plus de la moitié construits spécialement pour ce sixième Vendée Globe. Au moins 15 prétendants à la victoire. Des stars de la voile comme s’il en pleuvait – Loïck Peyron, Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain, Jean Le Cam, Vincent Riou, Marc Guillemot, Jean-Pierre Dick, Kito de Pavant, etc. ; un contingent britannique fort de sept bateaux dont Mike Golding, Brian Thompson, Samantha Davies et Dee Caffari ; des jeunes loups aux dents longues comme Armel Le Cléac’h, Sébastien Josse, Yann Eliès ou Jérémie Beyou ; une vraie bataille côté machines, avec tous les meilleurs cabinets d’architectes de la planète impliqués. On en passe, mais ce Vendée Globe 2008/2009 est bien celui de tous les extrêmes. Cet « Everest » de la voile est bel et bien « la course du siècle » célébrée par les médias… et le grand public. Plus d’un million de personnes visitent le village de la course dans les trois semaines précédant le départ. Et ils sont 100 000 à se mesurer derrière leurs écrans d’ordinateurs sur le jeu en ligne du Vendée Globe virtuel !
 
Avaries et solidarité
La remontée du chenal est extraordinaire d’émotion. Mais très vite les visages des marins se ferment : la houle de la baie des Sables annonce la baston à venir dans le golfe de Gascogne. Furie de suroît (sud-ouest) au programme, comme on dit à La Chaume. Mais avant même que le gros temps ne vienne cueillir la flotte, on apprend des retours à la case départ : dès l’après-midi du départ, Dominique Wavre rentre aux Sables pour résoudre un problème électrique. Et quand il en repart vers 22h30, il croise Bernard Stamm, dont le Cheminées Poujoulat est entré en collision avec un cargo ! A terre, la solidarité s’organise pour refaire au plus vite ce « bout-dehors » brisé. Sur l’eau, la première nuit est déjà dantesque : 40 nœuds de vent, vagues de 6 mètres courtes et croisées. Le 10 novembre, lendemain du départ, c’est la stupeur : l’Anglais Alex Thomson (problème de structure) puis Michel Desjoyeaux en personne font demi-tour ! Inondé, le moteur de Foncia ne démarre plus et impossible de faire un tour du monde sans production d’énergie. Son arrêt au stand ne durera que 4h30, dans la nuit du 10 au 11 novembre.
C’est beaucoup plus grave malheureusement pour Kito de Pavant, Yannick Bestaven, puis Marc Thiercelin. Après le premier front, la brutale bascule du vent, du sud-ouest au nord-ouest, met à l’eau leurs espars et leurs espoirs. Démâtages ! Course terminée pour eux. L’image embuée de larmes de l’accolade nocturne entre Kito et Yannick, ravagés de chagrin, est encore dans toutes les mémoires. Ce sport est parfois cruel, mais la solidarité des gens de mer n’a jamais été un vain mot sur le Vendée Globe. Aux Sables d’Olonne, chacun se met en quatre pour réconforter, réparer ce qui peut l’être, aider… Jean-Baptiste Dejeanty (structure endommagée) et le Canadien Derek Hatfield (série d’avaries) doivent eux aussi rebrousser chemin.
 
Ainsi s’écrit la légende
Deux jours après le départ, la course et ses rafales à 50 nœuds sont déjà dans la légende. Le 11 novembre Jean-Pierre Dick résume « en France c’est l’Armistice, mais en mer nous avons vécu l’enfer ». Avoir passé le golfe sans trop d’avaries est déjà une victoire. Au cap Finisterre, c’est ce même Jean-Pierre Dick qui pointe en tête devant Loïck Peyron, Roland Jourdain, Vincent Riou, Armel Le Cléac’h et Sébastien Josse.
Pour Michel Desjoyeaux, l’équation est simple, mais vertigineuse : un golfe de Gascogne de retard sur les leaders… En tête, les skippers régatent sans relâche, comme sur une étape de la Solitaire du Figaro. Le tempo est hallucinant, la valse des leaders incroyable quand ils touchent enfin les alizés portugais. La bataille de l’Atlantique est terrible. Pour l’instant, Desjoyeaux perd du terrain. Beaucoup.
Le 13 novembre, Bernard Stamm repart des Sables d’Olonne. Le 16, c’est au tour de Jean-Baptiste Dejeanty de s’élancer à nouveau, avec une semaine de retard. Le 17 novembre, les leaders, eux, s’apprêtent déjà à négocier les îles du Cap Vert. Jérémie Beyou résume : « ça vous fait rêver à terre, palmiers et cocotiers ? Moi, ça m’angoisse : obstacles et dévents au menu… » Jean Le Cam tente un passage par l’est de l’archipel et prend la tête pour quelques pointages. Le 17 novembre, 10 bateaux, très serrés, sont passés au sud du Cap Vert. Michel Desjoyeaux à ce moment là est 19e à plus de 600 milles du trio de tête composé de Jean Le Cam, Loïck Peyron et Sébastien Josse. Le futur vainqueur accuse alors l’équivalent de deux "golfe de Gascogne" de retard... Une longue chevauchée fantastique commence, dont vous connaissez la fin !

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