C'est une grande dame du Vendée Globe qui annonce aujourd’hui sa ferme intention d’être au départ le samedi 10 novembre prochain. Anne Liardet a de l’eau de mer dans les veines et une détermination à toute épreuve : elle en sera, c’est sûr, pour raconter une nouvelle belle histoire. Comme lors de l’édition 2004/2005, qu’elle avait bouclée en 119 jours.
"J’ai ça dans le sang. C’est difficile à expliquer mais le Vendée Globe est un besoin pour moi. Parfois, je regarde la mer et je me demande ce que je fais à terre. Il faut que j’y aille. J’aime être seule en mer, transmettre le plaisir que je prends sur l’aventure, raconter une belle histoire. C’est pour ça que je veux absolument être au départ des Sables d’Olonne le 10 novembre prochain. » C’est dit. Cash ! A 50 ans, Anne Liardet ne s’embarrasse pas de langue de bois - elle n’a jamais versé dans ce travers d’ailleurs, pas son genre. La navigatrice finistérienne est aujourd’hui en recherche active de partenaires pour participer à son deuxième tour du monde en solitaire. Elle a même accepté pour cela de mettre entre parenthèses son grand projet de tour du monde à l’envers, contre vents et courants dominants. « Je garde ça dans un coin de ma tête car ça me tient à cœur aussi, mais j’ai décidé de faire l’inverse de Dee Caffari : un tour du monde à l’endroit d’abord l’hiver prochain et ensuite à l’envers… D’ailleurs, cela aurait été idiot de tourner dans le mauvais sens pendant que les autres tournent dans le bon ! »
La mer dans le sang
Elle a tout fait, Anne, navigué sur toutes les mers : la Mini Transat, deux Routes du Rhum deux Transats Jacques Vabre, la Transat Anglaise… Elle beaucoup usé ses cirés, sur tous types de bateaux, en solitaire et en double très souvent, en équipage parfois. Tout le monde se souvient encore de son Vendée Globe 2004/2005 (11e), de sa manière de se sortir des situations périlleuses (par exemple quand elle répare son puits de dérive, alors que l’eau entre dans son bateau). Surtout, de sa manière de raconter le voyage, l’aventure, la mer, les oiseaux, le ciel du grand Sud… « Je ne sais pas expliquer ça. J’ai la mer dans le sang et le moment est venu de repartir » dit-elle simplement. Mais il faut l’entendre aussi raconter ses moments de contemplation, peser ses mots, ressentir l’émotion qu’elle dégage. « Je me souviens être restée des heures à observer le reflet du soleil couchant dans les vagues, fascinée. Un peu comme on peut l’être quand on regarde les flammes d’un feu de bois qui vous hypnotisent.»
Aux Sables, nombreux aussi sont ceux qui se souviennent de son arrivée au terme de 119 jours, 9 heures et 28 minutes de mer. « J’avais promis à mes trois enfants d’être de retour en 120 jours et j’ai tenu parole », sourit-elle. Quand elle coupe la ligne d’arrivée ce jour là, après quatre mois, seule à travers les océans du globe, sa drisse de trinquette est coincée. Elle doit la sectionner au couteau pour pouvoir affaler sa voile. Toute son équipe est là, à quelques mètres dans un semi rigide. Comme pétrifiés, ils l’observent au lieu de venir l’aider ! « Je les ai regardés… ils étaient tous en larmes ! Ils avaient tellement donné ! C’est ça aussi le Vendée Globe… une histoire tellement forte à partager.»
Alors, « jusqu’au bout je me battrai de toutes mes forces pour partir sur ce tour du monde» assure Anne, avec la conviction qu’on luit connaît. D’un point de vue technique, elle sait qu’elle pourrait cette fois disposer d’un meilleur bateau, avec moins d’écart en performance par rapport aux machines dernier cri que lors de son premier Vendée Globe. Elle estime aussi que « pour un partenaire, on peut s’offrir cette course fabuleuse pour 1,7 million d’euros revente du bateau incluse, ce qui est peu par rapport à ceux qui se sont lancés voilà quatre ans dans des programmes de bateaux neufs. » Elle sait moins peut-être que personne ne raconte les océans comme elle. Qu’elle est sans doute un des marins qui dégagent le plus d’émotion, le plus « d’humain ». Anne emportera beaucoup de rêves avec elle le 10 novembre prochain. Mais il ne faut pas totalement s’y méprendre. Car « même si je propose d’avantage une histoire qu’un classement, je suis une compétitrice et je me battrai ! J’adore aussi la régate… sinon je me contenterai de vendre ma maison de Daoulas et de partir autour du monde sur un bateau de croisière ! La course me passionne : j’aime me confronter aux autres, les haïr sur l’eau… et leur tomber dans les bras à l’arrivée ! » Qu’en pensent Morgan, Manon et Margot, ses trois enfants ? « Ils sont grands maintenant. Quand je leur ai dit que je repartais sur le Vendée Globe, ils ont sauté au plafond et m’ont dit : c’est génial ! ».