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Bernard Stamm : « Maintenant, le bateau est mature »

VENDEE GLOBE 2012 - BERNARD STAMM - CHEMINEE POULOULAT - FINISH  - PHOTO /  VINCENT CURUTCHET / DARK FRAME / DPPI / VENDEE GLOBE
© Vincent Curutchet / Dark Frame / DPPI

Les dernières heures de course
Une pièce du bateau s’est cassée donc ça a rendu les dernières heures difficiles. 45 nœuds dans le golfe (de Gascogne), c’était difficile, ça secouait. Difficile d’expliquer ce qu’on ressent quand on voit tout ce monde. C’est surréaliste. On passe de la solitude à voir plein de gens (famille, amis, inconnus…).

La navigation hors course
Ce qui était un peu bizarre, c’était de faire ça « caché ». Moi, je faisais ma course normalement puisque j’avais mes positions. Mais j’ai compris qu’à terre, ça ne se passait pas comme ça. C’était logique de revenir à mon port d’attache. Je n’allais pas laisser le bateau et rentrer en avion. Et puis rien ne m’empêchait de continuer mes expériences embarquées (minilab).

Son état physique
J’ai perdu 7 kilos. Je n’avais pas beaucoup de gras, là il n’y en a plus. J’ai pris du muscle. La rupture de la colonne de winch a rendu les choses difficiles. Toutes les manœuvres, je les faisais directement aux winchs.

Les erreurs commises
Il n’y a pas de fatalité dans ce qui arrive. Nous, on paie un peu les premiers retards qu’on a eus dans le projet. On a eu un incident dans la Jacques Vabre, on a tapé quelque chose. Ces bateaux sont compliqués, il nous a manqué deux transats pour tester tout. Pendant ce temps, les autres s’entraînaient. Il y a eu un décalage dans la préparation qui a été pénalisant. On n’est pas visionnaire non plus et on est passé à côté de certaines choses. Et je n’ai pas pu me servir de l’expérience d’autres bateaux frères. Une erreur énorme, quelque chose qu’on a zappé, c’est le roof, la protection du bonhomme.

Etait-ce une erreur de s’amarrer à un autre bateau ?
Une erreur pour rester en course oui, pour garder mon bateau en état non ! Si l’autre bateau n’avait pas été là, j’aurais été hors course tout de suite parce qu'il fallait que je répare mon hydrogénérateur pour continuer. Je n’ai pas trouvé d’arguments pour expliquer au gars de ne pas monter, mais en fait c’est pire que ça, je n’ai pas eu le temps. En 2008, j’ai perdu un bateau comme ça. A un moment, il faut faire les choses comme un marin. Là c’était le cas. Je n'ai aucun sentiment de quoi que ce soit, j’ai fait ce que je devais faire.

Ses problèmes d’hydrogénérateurs
Quand je parle des soucis d’hydrogénérateurs, c’est général. Le problème, c’est leur fixation à bord. L’implantation est tellement mal faite qu’on ne sait pas si l’appareil fonctionne. Ils ont construit un jouet, pas fait pour un tour du monde. De plus, on les a reçus tardivement, on voulait les mettre pour la Jacques Vabre. Et si on avait pu les avoir à ce moment-là, on les aurait déchirés aussi au bout de deux jours.

L’arrêt au cap Horn
Mon arrêt au cap Horn est surréaliste et le fait d’avoir vu un ami là-bas est assez extraordinaire. Normalement personne ne s’arrête au Horn, à moins de couler. Et le petit salé aux lentilles était génial.

Les points positifs
Quand les galères sont finies on ne retient que le positif. Là je suis posé. En remontant l’Atlantique, il faisait vraiment mauvais. Je maudissais mon bateau tellement ça tapait. Maintenant je ne le maudis plus. Je vais me servir de ce qui s’est mal passé, pour ne pas que ça se reproduise.

Se sent-il plus fort ?
Je ne sais pas si je suis devenu plus fort. L’entrainement physique que j’ai fait, était fait pour une course sans problèmes. Dorénavant, je devrais inclure les problèmes dans ma préparation. J’ai fait des entrainements à la colonne de winchs, mais j’ai perdu la mienne !

La satisfaction d’avoir bouclé un tour du monde
Je suis content d’avoir mené Cheminées Poujoulat autour du monde. Ce n’est pas anodin. La remontée de l’Atlantique, c’est tellement long que tu as l’impression de passer d’une planète à une autre. Dans le Sud, certes ça tape mais ça glisse alors que l’Atlantique au près, ça paraît interminable. Je suis content d’être passé au travers de tout ça. Je suis fier.

A propos de François Gabart
J’aurais aimé qu’il soit là pour mon arrivée, mais je comprends très bien qu’il ne soit pas là. On s’entend bien, c’est d’ailleurs un des seuls qui m’ait fait monter sur son bateau. Il ne m’a pas fait rentrer, mais je suis monté dessus. Ça se voyait à l’entraînement qu’il était à l’aise avec l’utilisation de son bateau. C’est un vrai exercice de style de faire un tour du monde comme ça, avec Armel aux trousses.

La situation de Jean-Pierre Dick
Jean-Pierre rentre avec un bateau qui n’a plus aucun critère de stabilité, qui n'est plus à la jauge IMOCA. Ça me rassure de voir que le comité (ou jury) soit capable de s’adapter, de prendre ses décisions en fonction du contexte. C’est bien que Jean-Pierre n’ait pas été pénalisé.

Il y a certaines règles qui devraient être changées, comme le fait de s’amarrer à un bateau. Moi je prenais ça comme un corps mort, ça aurait pu être un arbre. Le concours de circonstance en Nouvelle-Zélande, c’était quand même quelque chose. J’espère que les règles vont évoluer. Le (Vendée) Globe n’a pas besoin de ça, le Globe a besoin de bateaux qui rentrent.

L’avenir
Sur le bateau, il faut changer l’ergonomie. Il faut refaire la protection du bateau. C’est dangereux dehors. De plus, il faut repenser les moments où je ne fais rien. On y avait un peu pensé, mais juste un peu. Quand le bateau est parti, c’était un adolescent et maintenant il est mature. Je n’ai pas envie de le donner à quelqu’un d’autre maintenant.

Cette année on va préparer les courses d’avant saison si possible. La Jacques Vabre est un objectif. En ce qui concerne un prochain Vendée Globe, c’est trop tôt pour le dire. C’est un engagement tellement intense. Pour le gagner, il faut avoir envie de le faire. Pour l’instant je n’en ai pas envie. Mais ça pourrait se mettre en place.

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