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Pot au Noir

Photo sent from the boat Queguiner - Leucemie Espoir, on January 5th, 2017 - Photo Yann Elies

Photo envoyée depuis le bateau Queguiner - Leucemie Espoir le 5 Janvier 2017 - Photo Yann Elies

Soleil couchant

Certains disent que cette zone a hérité son nom de la jarre (le pot au noir) qui, dans les fermes capverdiennes, servait à recevoir les détritus de toute nature. D’autres laissent entendre que les négriers passaient par-dessus bord les esclaves malades pour éviter la propagation des maladies dans des espaces extrêmement confinés. Car dans les temps anciens, les navires n’avaient pas le potentiel des voiliers actuels et avaient bien des difficultés à manœuvrer rapidement et surtout à remonter contre le vent. Ils pouvaient passer des semaines entières, englués dans cette zone au point qu’ils devaient parfois se débarrasser des animaux du bord qui devenaient fous…

D’ailleurs les Britanniques dénomment les régions tropicales « Horse Latitude » parce que les capitaines des navires bloqués par les calmes pendant de longues journées sous un soleil de plomb, se débarrassaient des chevaux qui consommaient beaucoup trop d’eau douce. Souvent dans le Pot-au-Noir, le scorbut commençait à décimer les équipages : manque de vivres frais, déficit en vitamines C, cette maladie a ainsi emporté les deux tiers des hommes de Vasco de Gama pendant son voyage vers les Indes en 1497-1498. Pour les marins anglo-saxons, les « doldrums » (littéralement « dépression », « mélancolie ») étaient synonymes de fatigue extrême car pour se dégager de ces calmes prolongés, les équipages devaient tirer avec leurs chaloupes (à la rame !) les imposants bâtiments de Sa Majesté…

Le Pot-au-Noir est en fait plus actif lorsque les alizés sont forts, et plus étendu lorsque la température de l’eau est élevée : elle atteint au large de la Guinée-Bissau, 28° à 30° Celsius ! Cette chaleur de la mer provoque une très forte évaporation, donc la création de cumulonimbus qui peuvent s’étendre en altitude jusqu’à plus de 12 000 mètres… Dans le ciel, le Pot n’est pas toujours joli à voir, surtout dans le noir : des éclairs, du tonnerre, des pluies qui crépitent sur le pont comme sur l’arche de Noé, un horizon plombé, des variations de température importantes sous les grains (on passe de 40°C à 25°C sous les averses), des nuages blancs, gris, anthracites, noirs, parfois roses avec un rayon vert lorsque le soleil tombe dans les bras de Morphée… Les vents n’en font qu’à leur tête, variant constamment en force et direction, passant de 0 à 35 nœuds en quelques secondes au passage d’un grain. Même les meilleurs navigateurs avouent y perdre le Nord !

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