Un jour, un livre...

La bouteille à la mer

Photo sent from the boat Queguiner - Leucemie Espoir, on January 7th, 2017 - Photo Yann Elies

Photo envoyée depuis le bateau Queguiner - Leucemie Espoir le 7 Janvier 2017 - Photo Yann Elies

Jean Le Cam et lever du jour

« … Quand un grave marin voit que le vent l’emporte

Et que les mâts brisés pendent tous sur le pont,

Que dans son grand duel la mer est la plus forte

Et que par des calculs l’esprit en vain répond :

Que le courant l’écrase et le roule en sa course,

Qu’il est sans gouvernail et partant sans ressource,

Il se croise les bras dans un calme profond.

 

Il voit les masses d’eau, les toise et les mesure,

Les méprise en sachant qu’il en est écrasé,

Soumet son âme au poids de la matière impure

Et se sent mort ainsi que son vaisseau rasé.

À de certains moments, l’âme est sans résistance ;

Mais le penseur s’isole et n’attend d’assistance

Que de la forte foi dont il est embrasé.

 

(…) Le Capitaine encore jette un regard au pôle

Dont il vient d’explorer les détroits inconnus.

L’eau monte à ses genoux et frappe son épaule ;

Il peut lever au ciel l’un de ses deux bras nus.

Son navire est coulé, sa vie est révolue :

Il lance la Bouteille à la mer, et salue

Les jours de l’avenir qui pour lui sont venus.

 

Il sourit en songeant que ce fragile verre

Portera sa pensée et son nom jusqu’au port ;

Que d’une île inconnue il agrandit la terre ;

Qu’il marque un nouvel astre et le confie au sort ;

Que Dieu peut bien permettre à des eaux insensées

De perdre des vaisseaux mais non pas des pensées,

Et qu’avec un flacon il a vaincu la mort.

 

(…) Seule dans l’Océan, seule toujours ! – Perdue

Comme un point invisible en un mouvant désert,

L’aventurière passe errant dans l’étendue,

Et voit tel cap secret qui n’est pas découvert.

Tremblante voyageuse à flotter condamnée,

Elle sent sur son col que depuis une année

L’algue et les goémons lui font un manteau vert.

 

Un soir enfin, les vents soufflent des Florides

L’entraînant vers la France et ses bords pluvieux.

Un pêcheur accroupi sous des rochers arides

Tire dans ses filets le flacon précieux.

Il court, il cherche un savant et lui montre sa prise,

Et, sans l’oser ouvrir, demande qu’on lui dise

Quel est cet élixir noir et mystérieux. »

 

Extrait par DBo. du livre :

Alfred de Vigny cité par Laurent Dandrieu - Histoires de marin : la bouteille à la mer - Éditions Sortilèges

 

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