Marc Thiercelin : passer le relais au mieux

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Le samedi 25 octobre 2008 à 15:47
© VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globe
Marc Thiercelin repart pour son quatrième Vendée Globe… Et pourtant : il avait juré ses grands dieux en 2005 qu’on ne l’y reprendrait plus, que c’était bien la der des ders. Mais quand la DCNS lui a proposé un projet qui mêlait filières de détection de jeunes apprentis, école de course au large et mise à disposition d’un 60 pieds IMOCA tout neuf, l’appel du large a été le plus fort.

Tu avais juré en 2004 que c’était la dernière fois ?
"Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Mais quand les premiers contacts ont été pris avec la DCNS, il n’était pas question de Vendée Globe. Il s’agissait avant tout de parrainer une nouvelle filière de détection. Ce n’est qu’ensuite qu’est venue l’idée de construire un 60 pieds et donc de faire le Vendée Globe. Mais le cœur du projet, c’est bien de mettre le pied à l’étrier à de jeunes talents. "


Tu peux nous repréciser le processus ?
"Il existe en fait deux opérations conjointes : une dont je suis le parrain consiste à choisir trois cents jeunes apprentis et leur proposer une formation au sein des entreprises de la DCNS avec engagement d’en embaucher ensuite au moins la moitié. La seconde est plus dans mes cordes, puisqu’il s’agit de choisir dans une liste de jeunes navigateurs celui qui prendra ma succession à la barre du 60 pieds IMOCA, DCNS. Je suis directement impliqué dans ce projet, puisque je fais partie du comité de sélection d’une part et que j’ai pour mission d’accompagner dans sa démarche celui qui aura été choisi des deux derniers candidats Romain Attanasio et Christopher Pratt. Tous deux ont déjà accompli une saison sous les couleurs de l’entreprise en Figaro Bénéteau"

En quoi cet accompagnement est-il nécessaire ?
"Je n’ai aucune inquiétude sur leurs capacités techniques. Mais être skipper d’un 60 pieds open, c’est aussi savoir gérer une entreprise, résoudre des problèmes techniques complexes. On change radicalement de dimension. C’est là que mon expérience peut s’avérer utile : en les aidant à changer de braquet à acuqérir le niveau d’expertise nécessaire pour faire les bons choix."

Avec déjà plusieurs Vendée Globe au compteur, comment perçois-tu cette édition 2008-2009 ?
"Tout d’abord, c’est une évolution qu’on n’aurait pas imaginé lors du départ de la première édition. Autant de bateaux neufs et ce, malgré la conjoncture économique difficile, c’est presque miraculeux. Maintenant, il faut rester lucide et veiller à ne pas tomber dans les pièges que le succès induit. D’une part, attention aux dérives commerciales : la dimension exceptionnelle de cette édition ne doit pas masquer que c’est une aventure humaine exceptionnel et que tout ne peut pas se vendre. Et surtout, de mon point de vue de coureur qu’on nous laisse prendre nos responsabilité : la multiplication des portes veut aussi dire la restriction des choix de route et d’une certaine manière une perte de liberté. Je comprends bien les choix des organisateurs, mais la mer est un des rares espaces qui nous reste pour exprimer notre autonomie, veillons à ne pas trop règlementer…"


Qu’est ce qui différencie les navigateurs d’aujourd’hui avec ceux d’il y a vingt ans ?
"En ce qui nous concerne, on n’avait pas de plan de carrière. On venait pour prendre du plaisir et parce que ça correspondait à une envie profonde. Aujourd’hui, les jeunes qui débarquent sur le circuit viennent en fonction d’un processus professionnel logique : grosso modo on passe du circuit mini au Figaro puis au 60 pieds IMOCA. Il ya moins de folie qu’avant. En revanche, les niveaux de préparation de tous n’ont rien à voir avec ce qui était notre lot… On y a gagné en sécurité, en professionnalisme, en performance et c’est bien. Mais n’oublions pas cette dimension unique du Vendée Globe : qu’on le veuille ou non, c’est avant tout une formidable aventure humaine. "