Loïck Peyron : « une partie de nos neurones est déjà en train de naviguer »
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Le mardi 04 novembre 2008 à 10:14Après une longue succes story en trimaran, Loïck Peyron est de retour en monocoque. A bientôt 49 ans, il prendra pour la troisième fois le départ du Vendée Globe. En 1990, l’année de l’épique sauvetage de Philippe Poupon, il avait déjà terminé 2e. A bord de son plan Farr bleu marine, le Baulois a remporté toutes les courses d’avant saison et se retrouve d’office estampillé « grand favori » de cette 6e édition.
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Tu as cette étiquette de favori collée dans le dos… est-ce que tu y penses le matin en te rasant ?
« Je ne me rase pas tous les matins pour éviter de penser trop fort ! Plus sérieusement, cette étiquette, c’est tout à l’honneur du team Gitana. Cela prouve qu’on a fait un joli travail depuis quelques années…Mais c’est un peu comme la petite histoire du mec qui tombe de l’immeuble et qui dit « jusqu’ici, tout va bien ». Donc, jusqu’ici, tout va bien ».
Quels sont tes points forts et tes points faibles face à la concurrence ?
« Si je n’étais attiré que par la coquetterie, je dirais que notre point fort est de ne pas avoir de point faible. Je mets le tout au pluriel parce que car c’est vraiment un bonhomme et un bateau qu’il faut associer, c’est le binôme qui est intéressant. Maintenant, des points faibles, il y en a partout évidemment. Mais en général, j’aime bien faire en sorte, non pas d’avoir le bateau le plus rapide, mais d’essayer de ne jamais être le plus lent. Ici, tous les bateaux et tous les bonhommes se valent. On a des cursus différents mais on sait à peu près tous faire du bateau. Les bateaux, même s’ils sont d’architecture différente, ont globalement le même potentiel. La grosse différence se fait dans les moments de freinage, de transition. Or, c’est dans ces moments-là que l’expérience, l’anticipation et la chance parlent. J’évoque la chance, car il en faut en permanence ».
Comment te sens-tu à cinq jours du départ ?
« Étonnamment bien. Je ne m’attendais pas forcément à pire, mais je travaille le fait d’éviter le pire. Je dis souvent que sans le savoir, comme Mr Jourdain faisait de la prose, je fais un peu de sophrologie. J’essaye d’évacuer les problèmes. J’ai la chance de me sentir à l’aise sur le bateau, d’avoir une confiance absolue dans les garçons qui y travaillent. Il n’y a pas si longtemps, il fallait que je touche à tout, tout le temps, que je vérifie tout. J’ai encore l’oeil partout mais j’ai confiance dans les garçons et quand on a confiance, inévitablement, la tête va beaucoup mieux. Après, il y a les sollicitations externes qui sont difficiles, on en parlait avec Vincent Riou, Michel Desjoyeaux et d’autres. Parce qu’en fait, on est déjà parti, on a une partie de nos neurones qui est déjà en train de naviguer, qui est déjà en train de tout « checker », d’anticiper sur ce qui va se passer. Cette semaine est la semaine la plus dure à vivre. Il y a une vraie schizophrénie. On a une obligation et une envie de partager ce qu’on va vivre tandis que l’autre moitié du cerveau est déjà en train de le vivre. Et c’est difficile à gérer ».
Que dit la météo pour les premiers jours ?
« On a tous la même boule de cristal. On est tous des cartomanciennes avec les mêmes données météo. La seule chose qui diffère, c’est l’analyse qu’on en fait. A la louche, on sait qu’on va être mouillé. On risque de partir au près, contre le vent, ce qui paradoxalement, par rapport au multi où ce serait déjà une sorte de chemin de croix, en monocoque c’est presque une délivrance. Ça gite beaucoup certes. Ça tape un peu et c’est inconfortable, mais c’est l’allure paradoxalement la plus reposante sur le bateau. Donc, après le stress de la semaine avant départ, c’est pas plus mal de partir dans ces conditions là. Ce sera peut-être plus pénible pour les gens qui vont suivre le départ sur l’eau ».
Propos recueillis par C.El
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