Le regard d’Yves Parlier

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Le mercredi 05 novembre 2008 à 16:39
© Christophe Breschi / Ricochets 17

Venu aux Sables d’Olonne pour soutenir Yannick Bestaven qui a repris son monocoque pour ce sixième Vendée Globe, Yves Parlier porte un regard affûté sur les évolutions architecturales constatées en seulement quatre ans. Une approche qui privilégie la puissance…

Nous sommes à bord de ton ancien monocoque, l’ex-Aquitaine Innovations
« Aquarelle.com est en effet mon ancien bateau, mené pour ce Vendée Globe par Yannick Bestaven. C’est un monocoque que je connais bien : j’ai fait office de consultant pour l’optimiser. Yannick a ainsi modifié le bulbe de quille et changé le mât, cela pour alléger encore le bateau. Le plan de voilure a aussi changé avec une bôme plus courte et une corne dans la grand voile pour avoir la même surface de toile mais moins de souci lors des empannages. Pour faciliter le redressement si le monocoque se retrouve à l’envers, l’équipe a ajouté une cloison longitudinale dans la soute à voiles. Mais je retrouve mon bateau : j’ai navigué dessus cet été et je serais bien reparti avec pour un nouveau Vendée Globe ! »

 

Mais par rapport aux nouveaux bateaux, ce monocoque reste-t-il compétitif ?
« Il y a eu beaucoup d’évolutions architecturales depuis la mise à l’eau d’Aquitaine Innovations en 1995, mais c’est toujours un bon bateau, et surtout il est plus facile à mener que la nouvelle génération qui a une surface de voile plus importante et un couple de rappel très fort. Certes contre le vent et au reaching, les nouveaux prototypes seront plus rapides mais sur un tour du monde en solitaire, la problématique n’est pas la même : Aquarelle.com reste un excellent candidat… »

 

Quelles sont les évolutions les plus marquantes pour cette sixième édition du Vendée Globe ?
« La tendance pour cette édition est de dessiner des coques encore plus planantes avec des arrières larges, des formes très plates, proches des planches de surf. Les bateaux ont aussi gagné en largeur, donc en puissance pour un poids quasiment équivalent. L’augmentation de puissance atteint 30% à 40% ! Mais si ces bateaux sont plus rapides, ils imposent de lofer plus au portant pour les « charger » afin de les pousser à leur vitesse optimale, ce qui change un peu les trajectoires. Ils naviguent donc avec des voiles de portant plus plates, avec des gennakers à la place des spinnakers, un peu comme les multicoques… »

 

Quels secteurs ont surtout bénéficié d’un gain sensible ?
« Tous les postes ont été optimisés. Il y a ainsi plus d’artifices sur le pont pour mieux régler les voiles, en particulier au portant avec des outriggers pour déborder les points de tire. Les bordés de coque sur l’avant sont dotés de redan, une excroissance qui permet de jouer le rôle de déflecteur d’eau pour soulager la coque. Le dimensionnement de l’accastillage a grossi pour réduire les efforts du solitaire… »

 

Tu étais un partisan de la légèreté et de la simplicité, quel bateau aux Sables d’Olonne est le plus proche de ta philosophie ?
« Pour un tour du monde en solitaire, c’est un couple bateau-skipper qui navigue. Selon le gabarit du solitaire, on peut plus ou moins augmenter la puissance mais c’est aussi le temps de préparation qui doit définir la sophistication du bateau. C’est un compromis, mais les bateaux puissants ont historiquement toujours eu l’avantage. À un moment donné, on tombe évidemment sur des limites, mais la tendance est à la croissance du potentiel. »

 

Mais la puissance, c’est aussi beaucoup d’efforts physiques, beaucoup de manœuvres dures ?
« Il faut être au niveau de son bateau : sur un Vendée Globe, il vaut mieux naviguer sur un monocoque moins puissant et le faire marcher à 100% tout le temps sur tout le tour du monde, que sur un bateau surpuissant dont le skipper n’exploite pas son potentiel en permanence. »

 

Mais Yves Parlier, quel bateau auriez-vous imaginé ?
« Je prendrais le plus léger et le plus puissant ! C’est le rapport poids-puissance qui est important sur un tour du monde en monocoque… »

 

À quatre jours du départ, comment anticipez-vous les premiers milles de course ?
« Il va falloir sortir du golfe de Gascogne au près : les nouveaux prototypes seront avantagés. Mais les solitaires qui seront bien amarinés, auront plus de facilité à s’échapper hors du paramètre « potentiel réel » du bateau. Il ne faut jamais partir fatigué ou stressé… La préparation d’un Vendée Globe est quelque chose de très compliquée ! Ce ne sera pas un départ facile. Mais dès que les skippers vont pouvoir choquer les écoutes, cela devrait se rééquilibrer un peu. Surtout s’il y a du petit temps comme prévu après le cap Finisterre. »

 

Quel temps peut-on espérer à l’arrivée, sachant que les performances ont crû de plus de 10% ?
« Il y a plusieurs facteurs qui jouent sur le temps de course : les skippers ont nettement progressé ces dernières années, les bateaux sont plus rapides, mais surtout il y a plus de monocoques très compétitifs : cela va générer une émulation très forte pour les solitaires. Le rythme va être très élevé, surtout au début pour faire le break. Il y aura de l’écrémage car certains voudront lever un peu le pied. Il y a une telle pression, une telle hargne, un tel enjeu sur cette course qui ne se déroule que tous les quatre ans, que tout le monde aura du mal à se brider… Tout est en place pour que la barre des quatre-vingts jours soit battue en brèche. »

 

Tu donnes des conseils météo à Yannick Bestaven avant le départ ?
« J’ai accumulé un peu d’expérience du grand Sud avec mes trois participations au Vendée Globe alors que Yannick est novice : comme nous l’avons déjà fait auparavant lors de sa Mini Transat, nous allons réviser ensemble et je lui donnerai quelques tuyaux sur l’Océan Indien et le Pacifique.

 

Que faites-vous en ce moment ?
« Je travaille sur un catamaran à redan tracté par une aile de kite. Nous sommes basés sur l’étang de Berre : nous apprenons plein de choses, en atteignant des vitesses incroyables et en nous amusant ! »
 

Propos recueillis par DBo.