En route pour la grande giration

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Le dimanche 09 novembre 2008 à 17:53
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe

A 13h02 ce dimanche après-midi, les 30 marins ont entamé leur révolution planétaire. Après des au-revoir poignants sur les pontons des Sables, ils s’apprêtent à passer leur première nuit en mer dans des conditions de navigation qui deviendront de plus en plus sportives. Au près, à 22 milles de la ligne de départ, Sébastien Josse, Marc Guillemot et Jean Pierre Dick constituaient le trio de tête au pointage de 16h00… une première mais imprécise photographie de l’état de la flotte.

Bouquets de roses ou de bonbons pour les navigatrices, grands sourires, bouteilles de champagne, yeux qui brillent, embrassades, regards tendus, étreintes, rires nerveux, humour rassurant, flash crépitants, sirènes, sifflets, chuchotements, baisers à la volée, micros tendus, caméras braquées… Une vague d’émotion s’est répandue sur les pontons peu avant que les navigateurs ne larguent les amarres, dès 9h15 ce matin, Dee Caffari en tête. Une sensation décuplée par la présence d’une foule immense de supporters et de passionnés – 300 000 personnes – qui ont envahi très tôt les rues des Sables d’Olonne avant de transhumer le long du chenal pour applaudir la sortie des bateaux. Les skippers ont embouqué ce dernier corridor qui les séparaient de la terre en répondant, chacun à sa manière, aux acclamations du public : de simples signes de la main pudiques et émus, mais aussi Roland Jourdain improvisant une danse à l’avant de Veolia Environnement ou encore l’équipe de Jonny Malbon, brandissant une banderole « Merci les Sables d’Olonne ».

Bon départ, Temenos rentre au port pour problèmes électriques

A 13h02-, dans une houle de 2 à 3 mètres et un vent d’ouest-sud-ouest d’une dizaine de nœuds, les navigateurs, plongés dans la grisaille et cernés par plusieurs centaines de bateaux spectateurs, se sont glissés sur la ligne. Au coup de canon, seul Mike Golding (Ecover) se fait rappeler à l’ordre pour départ prématuré et doit faire demi-tour pour franchir à nouveau la ligne. Au sein de la flotte, chacun a déjà choisi sa voilure, tout au moins pour les premières heures de course. La plupart des marins a opté pour une configuration 1 ris dans la grand-voile et solent, excepté une poignée d’entre eux (Hugo Boss, Aviva, Ecover, PRB et Foncia) qui s’est élancée grand-voile haute. Très vite, c’est le trio Sébastien Josse (BT), Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac) et Vincent Riou (PRB) qui sort du lot alors que le vent monte progressivement. Deux heures plus tard, c’est le coup dur pour Temenos. A 15h05, Dominique Wavre appelle la direction de course pour prévenir qu’il fait demi-tour vers les Sables d’Olonne afin de résoudre des problèmes d’électricité (ses batteries ne chargent plus). A 17h00, il était déjà au port, son équipe technique à pied d’œuvre. Le marin suisse espère pouvoir repartir à la prochaine marée (vers 23 heures), mais prévenait que ce genre d’incident pouvait aussi être compliqué à résoudre.

Pour les autres, la course continue. Au classement de 16h00, Sébastien Josse, Marc Guillemot et Jean Pierre Dick sont tous trois en tête, bord à bord. Mais après 22 milles de course seulement, et avec des écarts dérisoires (moins d’un mille entre les 13 premiers), cette photographie de la flotte ne donne pas encore d’indication sur la hiérarchie. Le prochain pointage, et mieux encore, les positions de lundi matin devraient être plus significatifs.

Première nocturne difficile
En attendant, cette première nuit en mer constituera une entrée en matière sportive pour les 30 marins qui vont attaquer au près le golfe de Gascogne. Le flux de sud-ouest va en effet prendre du coffre et franchir la barre des 25 nœuds dans la nuit à l’avant d’un front qui apportera des rafales à 45 nœuds et une mer croisée de 4 à 6 mètres lundi à la mi-journée. Stratégiquement, tous les coureurs semblaient s’accorder sur un scénario identique : gagner dans l’ouest au près, bâbord amure, pour aller chercher un bascule à l’ouest nord-ouest, avant de déclencher un virement de bord. Face au vent, le bateau secoué dans une mer creuse et mal rangée, il faudra donc s’amariner très vite et rester lucide pour prendre les premières options stratégiques qui s’imposent.