Sixième retour au port

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Le lundi 10 novembre 2008 à 19:41
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe
On pressentait que ce début de Vendée Globe serait sélectif. Il l’est au-delà de toutes les supputations. Les vents forts et la mer désordonnée qui balayent le golfe de Gascogne frappent sans discrimination, des favoris aux sans-grades, des amateurs éclairés aux professionnels les plus aguerris. On oublie parfois qu’avant d’avoir le droit de tutoyer les mers du Sud, il existe des examens de passage impitoyables.

La mer, quand elle décide de corriger les devoirs, ne fait pas toujours dans la dentelle. Elle peut décider d’infliger une correction à ses meilleurs élèves comme aux petits nouveaux de la classe.

Et pourtant, quand on y regarde bien, ce sont rarement des problèmes de structure qui affectent les malheureux qui doivent en rabattre et prendre la décision difficile de retourner à la case départ. Dans ce jeu de l’oie grandeur nature, il suffit parfois d’un détail pour mettre à mal un projet élaboré patiemment depuis des années : fortune de mer comme pour Bernard Stamm, le skipper de Cheminées Poujoulat, victime d’une collision avec un cargo, problèmes électriques à bord de Téménos II, Foncia, Algimouss Spirit of Canada, violence d’une vague capable d’endommager les superstructures comme pour Jean-Baptiste Dejeanty à bord de Groupe Maisonneuve ou de provoquer le démâtage d’Aquarelle.com, le voilier de Yannick Bestaven, tout comme celui de Kito de Pavant (Groupe Bel), les causes sont multiples, mais le constat est le même. Il n’est pas toujours besoin d’aller très loin pour subir les colères de l’océan. Le golfe de Gascogne tient à rappeler qu’il n’est pas de danger que dans les mers du Sud et que certains quarantièmes Nord valent bien parfois les cinquantièmes hurlants de l’océan Pacifique.
 
Cette première série de retours au port ne doit pas masquer que le reste de la flotte souffre aussi. Il serait étonnant que les rescapés de cette première série se soient sortis sans aucun dommage collatéral de cette furie qui a assailli la flotte. A ce petit jeu, la guerre psychologique risque de reprendre ses droits dans les jours à venir. Il faudra faire bonne figure, ne pas laisser transparaître ses éventuels points de faiblesse. Ceux qui seront passés à travers les mailles du filet mesurent aussi qu’entre l’exploit et la catastrophe, la marge est parfois ténue. On comprend mieux pourquoi les navigateurs solitaires ne se départissent jamais d’une forte dose d’humilité. Ils savent…
 
 PFB