La nuit, tous les spis sont gris

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Le mercredi 12 novembre 2008 à 20:11
© SAM DAVIES / ROXY

C’est peut-être une formidable bataille tactique qui se profile à l’horizon de cette nouvelle nuit sur l’Atlantique Nord. Avec en filigrane plusieurs questions déterminantes pour la suite de la course : les tenants des options extrêmes vont-ils chercher à pousser leur avantage ou bien au contraire chercher à se recaler devant la flotte à la faveur d’une bascule favorable. Ceux qui sont derrière vont-ils jouer de patience ou tenter une option radicale, à la faveur de la nuit et de l’absence de diffusion de classement entre 20h et 5h du matin ?

La nuit, le terrien normalement constitué dort, le plus souvent. Le marin et plus spécialement le coureur au large, lui, veille. Car c’est souvent la nuit que peuvent se creuser des écarts. Celui qui saura mobiliser son attention à bon escient, qui n’hésitera pas à prendre la barre pour trouver le bon angle, qui saura envoyer l’empannage judicieux, pourra espérer toucher les dividendes de son investissement, une fois le jour venu, quand sera tombé le premier classement de 5h.
Autant dire que cette nuit sera peut-être propice aux chasseurs de risées, aux anticipateurs de bascules : entre la latitude du Cap Saint-Vincent où défile actuellement la flotte et les îles du Cap Vert, il faudra bien venir se recaler un instant sur la route. Il va falloir aussi négocier le passage des îles et leurs dévents : Madère forme un rempart de plus de 1500 mètres de hauteur, quand le Teide, sur l’île de Tenerife aux Canaries, culmine à 3760 mètres. Autant dire que les perturbations et les dévents provoqués par ces reliefs sont particulièrement redoutés par les navigateurs. Même si Madère est encore à 250 milles devant leurs étraves, les solitaires commencent déjà à se positionner pour négocier ce premier passage à niveau éventuel.

En attendant, ce sont plutôt les considérations stratégiques qui conditionnent en ce début de nuit le comportement des navigateurs. Les navigateurs les plus à l’ouest ont bénéficié les premiers de la bascule et ont empanné les premiers. Ceux de l’est ont prolongé leur bord un petit peu plus loin vers le large avant de venir se recaler en pointe, légèrement en avant de leur poursuivants immédiats. C’est ce qu’on appelle vulgairement dans le langage des tacticiens : « passer à la caisse. » Comme quoi parfois, les navigateurs, loin des rêves de grands espaces peuvent avoir aussi des mentalités de boutiquiers. Mais qui sait ? La nuit, parfois…


PFB