L’archipel du goulet

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Le jeudi 13 novembre 2008 à 07:35
© Mark Lloyd / DPPI / Vendée Globe

Après l’empannage de mercredi après-midi, presque toute la flotte navigue bâbord amure, cap au Sud. Mais certains solitaires ont choisi de se décaler à l’Ouest à l’image des leaders, tandis que d’autres jouent leur premier coup tactique en piquant vers les Canaries. L’éventail se forme au large de Madère, point stratégique pour anticiper la route vers le Pot au Noir.

Avec les données météorologiques compulsées par les skippers, les navigateurs ont une vision à moyen terme (deux jours) et à long terme (une semaine) avec une fiabilité plus ou moins grande selon que les centres d’action (anticyclones, dépressions) sont stables ou actifs. Or pour cette descente rapide vers l’équateur, les modèles ne sont pas particulièrement figés et les interprétations multiples. C’est la raison de cette divergence de point de vue et de décisions qui marque ce quatrième jour de course. A l’Est, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) vise incontestablement un passage au milieu de l’archipel des Canaries, tandis qu’à l’Ouest, le trio de tête qui emmène le gros du peloton, cherche à contourner très largement les îles volcaniques qui essaiment sur le plan d’eau. Cela est particulièrement marqué pour Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) le plus décalé au large des leaders, suivi par Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air). Et plus au centre, Jean Le Cam (VM Matériaux), Marc Guillemot (Safran) et Dee Caffari (Aviva) n’ont pas encore franchement choisi leur camp…

 

Une dépression orageuse

Avec l’anticyclone des Açores qui étend une dorsale vers le golfe de Gascogne, le vent à la latitude de Madère (que les premiers franchiront ce jeudi après-midi) est orienté à l’Est 20 nœuds sous le vent de l’archipel et au Nord-Est 20 nœuds entre les îles et le continent africain. Et ce régime d’alizés semble stable jusqu’au début du week-end. Cette différence d’angle va donc provoquer une très nette divergence des trajectoires : les plus à l’Ouest vont ainsi continuer à piquer au Sud-Sud Ouest (cap au 200°) alors que les plus à l’Est vont se rapprocher de l’Afrique (cap au 180°). Alors que cherchent-ils ? Les premiers veulent parer toutes les îles (Madère, Canaries, cap Vert) à au moins cent milles sous leur vent pour ne pas subir les effets de relief tout en glissant vers le Pot au Noir sur un seul bord de près de mille milles ! Les seconds veulent se rapprocher de la route directe et des côtes mauritaniennes où la brise est annoncée plus soutenue et plus orientée au Nord-Nord Est. En contrepartie, il leur faudra enchaîner les empannages et négocier effets Venturi (renforcement de la brise entre les îles) et dévents (affaiblissement du vent derrière les montagnes) dus à un archipel des Canaries qui s’étend en longitude sur plus de 300 milles…

 

Mais hors de cette problématique, un paramètre risque de bouleverser quelque peu les schémas stratégiques : une dépression orageuse se forme ce week-end très au large entre les Canaries et les Antilles. Ce phénomène météorologique va donc « scier » le régime des alizés habituellement installé entre l’Afrique et les Caraïbes, provoquant un ralentissement général du flux, voir même déstabiliser toute la zone tropicale pendant deux jours ou plus ! Comme ce type de dépression est assez difficile à modéliser, elle peut très bien s’étioler rapidement sur place, se déplacer vers l’Est, repartir vers le Nord ou gonfler… Le choix est donc cornélien pour les solitaires qui doivent intégrer deux facteurs : la tactique de course qui privilégie de rester au contact de ses concurrents pour contrôler leur déplacement sur le plan d’eau et la stratégie qui engage une option pour plusieurs jours à ce stade de la course. S’enfoncer dans le goulet de l’archipel des Canaries ou faire « l’extérieur » en évitant la dépression tropicale ?

 

DBo.