Madère dans le sillage

Articles

Le jeudi 13 novembre 2008 à 20:18
© Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe

Allegro ma non troppo. Les solitaires engagés dans ce Vendée Globe profitent de l’établissement de ce qu’on appelle les alizés portugais pour pousser les feux. Tous avouent pourtant une fatigue légitime après ce coup de vent qui les a cueillis à froid dans le Golfe de Gascogne, mais aucun ne veut perdre le moindre mille. L’archipel de Madère positionné en plein sur la route des concurrents a pourtant induit les premiers choix stratégiques. La nuit à venir donnera peut-être une première indication sur la pertinence des choix des uns et des autres.

Ils sont tous contents : en éclaireur des hommes de l’ouest, Vincent Riou (PRB) accepte de perdre provisoirement quelques milles sur la tête de flotte pour mieux se repositionner par la suite quand il va s’agir de descendre vers le Pot au Noir, premier véritable passage à niveau de la course. Au centre, Loïck Peyron (Gitana Eighty), Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) et Sébastien Josse (BT) sont en situation de contrôler leurs adversaires des extérieurs. Enfin à l’est, Jean Le Cam (VM Matériaux) joue sa petite musique solitaire en espérant de coiffer tout ce petit monde sur le poteau. « Je ne suis pas mécontent de ma position», avouait-il à la vacation de ce midi. Méfiance ! Quand maître Le Cam n’est pas mécontent, c’est qu’il s’apprête à faire parler la poudre. D’ailleurs, Jean est revenu au classement de 20 heures en troisième position à moins de 15 milles de Loïck Peyron. Madère, véritable dispositif de séparation de trafic, joue son rôle de premier juge de paix. Pour franchir l’obstacle, l’heure des choix est terminée : il s’agit de valider son option tactiquement et psychologiquement. Comment s’étonner, dans ce cas, que chaque solitaire cherche à tirer le meilleur de sa machine même si tous avouent avoir du passer du temps à bricoler suite au coup de chien des premiers jours. De même, tous reconnaissent une fatigue somme toute bien légitime…


Que tout le temps perdu ne se rattrape guère…

Et déjà percent les premières inquiétudes. Yann Elies à bord de Generali disait qu’il n’avait jamais poussé son bateau autant depuis ses premières navigations : « Je m’étais fixé un retard maximum de 100 milles sur les premiers à l’entrée des mers du sud. A cinquante milles de la tête de flotte, j’ai déjà mangé la moitié de mon capital… » Plus de temps à perdre donc. A ce rythme on peut commencer à recenser les premières victimes : et parmi elles, le fort contingent britannique comme surpris par le rythme infernal imprimé par la tête de flotte. Mike Golding (Ecover) homme d’expérience s’il en est, ouvre la marche d’un peloton groupé entre la dixième et la quinzième place. Dans son sillage se profilent les deux miss de la course toujours aussi heureuses d’être en mer. Ces dames naviguent bord à bord et prennent la vie du bon côté : Dee Caffari (Aviva) racontant sa surprise de trouver des photos de son équipe technique digne d’un calendrier du Stade Français ou Sam Davies (Roxy) faisant sécher ses chaussettes porte-bonheur rouges dans l’attente d’un prochain moment délicat…

Plus à l’arrière, les aventuriers du Vendée Globe regardent passer le TGV Desjoyeaux qui remonte inexorablement sur l’arrière de la flotte. Mais le skipper de Foncia le sait bien : la partie risque d’être autrement plus rude quand il s’agira d’aller prendre la roue des furieux qui mènent la danse. Actuellement, la donne ne lui est guère favorable : prendre son mal en patience, ne pas tenter le diable doivent être ses obsessions. Il lui faudra, comme Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) espérer que la roue tourne pour avoir une chance de recoller. Michel n’a pas été habitué à devoir batailler en queue de peloton. On dit que c’est dans l’infortune que se révèlent les vrais tempéraments. Tenter ce pari est déjà une belle preuve de force de caractère. Le réussir ferait entrer définitivement le vainqueur du Vendée Globe 2000-2001 au rang des plus grandes figures de la course au large.

PFB