L’autoroute du sud

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Le vendredi 14 novembre 2008 à 06:32
© Gilles Martin-Raget / Generali

C’est comme un jour de départ en vacances. Sur la route de l’Equateur, ça bouchonne un petit peu. Et comme tous les jours de grands départs, ça circule en accordéon. Hier au soir, ils étaient quatre à se tenir en moins de 16 milles et au petit matin. Derrière, les poursuivants semblaient être légèrement décrochés. Et ce matin, voilà Loïck Peyron sur son Gitana Eighty seul en pointe nanti d’une avance de près de 30 milles sur ses poursuivants. Lesquels voient revenir dans leur tableau arrière un groupe de chasse emmené par le Generali de Yann Elies.

Faire et défaire, tel est donc le lot du coureur au large. On pense avoir enfin creusé un petit trou, on se dit qu’on va pouvoir commencer à regarder devant et voici, qu’à la faveur de la nuit, reviennent dans le tableau arrière les petits camarades qu’on pensait avoir décroché. Pour le trio des dauphins de Loïck Peyron, Sébastien Josse (BT), Jean Le Cam (VM Matériaux) et Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), c’est le genre de constat qui peut agacer. Même si, en leur for intérieur, les trois navigateurs savent qu’il y aurait eu une part de chance à pouvoir sur un petit décalage provoquer une première cassure. D’autant que le groupe de chasse est aujourd’hui emmené par un certain Yann Elies (Generali) qui a, en la matière, des atavismes familiaux édifiants. Ce n’est peut-être pas un hasard, si à l’époque des Courses de l’Aurore, son père Patrick avait récolté le surnom de « morpion rouge » pour sa capacité à ne jamais rien céder sur son joli bateau de la couleur précitée. Bon sang ne saurait mentir et Yann a sûrement hérité d’une part de cette culture : lui qui avouait hier ne pas vouloir céder plus de 50 milles à la tête de course n’est plus qu’à 15 milles de Jean-Pierre Dick et 25 de Sébastien Josse. Seul Loïck Peyron a réussi à prendre la poudre d’escampette. Le Baulois doit avoir une recette magique : dès le coucher du soleil, son Gitana Eighty a tendance à prendre le large. A croire qu’une bonne étoile veille sur le destin du bateau bleu nuit de monsieur Peyron. Ou plus simplement, que l’expérience est bonne conseillère quand les repères usuels deviennent plus flous.


Le retour d'Albion ?

Derrière, ça cravache tout autant. Roland Jourdain (Veolia Environnement), Armel le Cléac’h (Brit Air), Vincent Riou (PRB) ou Marc Guillemot (Safran) restent en deçà de la barre symbolique des cent milles. Et pour la première fois, un sujet de sa gracieuse majesté, en l’occurrence Mike Golding entre dans le top ten. Le skipper d’Ecover grignote petit à petit une part de son retard tout comme Brian Thompson sur Bahrain Team Pindar qui semble mieux prendre chaque jour la mesure de son bateau. Brian va-t-il pouvoir démontrer ces prochains jours la validité de ses choix : la puissance de son bateau est en train de parler, mais fera-t-elle la différence de manière suffisamment tranchée. Le débat est ouvert.
Un autre navigateur doit être heureux ce matin : Derek Hatfield (Algimouss Spirit of Canada) a repris la mer et part, comme Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Michel Desjoyeaux (Foncia) à la conquête de son Graal. Pour le navigateur canadien, boucler un tour du monde proprement suffirait à son bonheur. Pour les deux compétiteurs qui le précède, les ambitions sont autres… Le pari semble presque insensé, mais c’est aussi pour cela qu’il mérite d’être suivi avec autant d’attention.

PFB