Cadences élevées

Articles

Le vendredi 14 novembre 2008 à 18:10
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe

Emmenée depuis 36 heures par Gitana Eighty, la flotte surfe sous le soleil au large des Canaries, poussée par des alizés soutenus. Ces glissades atlantiques, bien que grisantes, imposent aux marins un rythme élevé.

15 à 17 noeuds de moyenne sur quatre heures…
Au large des Canaries, la flotte profite depuis deux jours d’alizés consistants, favorables à une progression rapide vers le sud-ouest. Les 60 pieds glissent au largue à vive allure, presque aussi vite que le vent. « J’ai 25 nœuds de vent et là, je marche à 22 nœuds » annonçait Samantha Davies (Roxy) à la vacation du jour, juste après avoir avalé une très british tartine beurre-Marmite. Ces jolies moyennes ont pour théâtre une mer formée rendant les conditions de vie sur le pont plutôt humides. Avec quelques surventes rencontrées ça et là aux passages des grains, cette grande session de glisse se révèle aussi jubilatoire que stressante. Car la fausse route n’est jamais très loin et l’erreur de manœuvre non plus, comme le relatait Jean Pierre Dick, dont le gennaker est passé à l’eau hier (270 m² à récupérer à la force des bras), mais aussi Brian Thompson qui a déchiré une de ses voiles d’avant.

De l’avis de tous, il va falloir tenir ce rythme élevé et trouver le juste équilibre entre pédale d’accélérateur et préservation du matériel. C’est bien ce dilemme qui chagrinait Jérémie Beyou, joint à la vacation du jour. 11e à 112 milles des leaders, le navigateur de Delta Dore était partagé entre la frustration de voir s’échapper ses adversaires et la volonté de ne pas se laisser embarquer dans des cadences infernales.

Peyron toujours devant, Le Cam nouveau dauphin
Aux avant-postes, en tout cas, on tient la mesure sans faiblir. Loïck Peyron, leader incontesté depuis 36 heures a même réussi à distancer ses camarades. Le skipper de Gitana Eighty dispose désormais de 24 milles d’avance sur son nouveau dauphin Jean le Cam. L’ascension de VM Matériaux en deuxième position est le résultat d’une superbe moyenne ces dernières 24 heures, probable bénéfice d’une trajectoire originale, décalée au vent de ses adversaires. Dans le tableau arrière du bateau rose, respectivement à 7 et 9 milles, Sébastien Josse (BT) et Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) complètent le carré d’as. Sur le tableau de classement, il faut aller chercher au minimum 20 milles plus loin pour trouver dans l’ordre Yann Eliès (Generali), Roland Jourdain (Veolia Environnement) puis Armel Le Cléac’h (Brit’Air) et son compagnon de route Vincent Riou (PRB), pendant que l’oriental Marc Guillemot (Safran), passé non loin de Palma (Canaries), s’est retrouvé freiné par le dévent des îles. Mike Golding est le dernier invité de ce top 10. Tout ce petit monde s’est étalé d’ouest en est sur une centaine de milles, chacun cherchant le couloir idéal pour attaquer, dans une poignée de jours, le fameux pot au noir.

Les courses poursuites de Michel Desjoyeaux et Bernard Stamm
600 milles plus loin, c’est une tout autre course que joue Michel Desjoyeaux (Foncia), positionné cet après-midi à la latitude du Cap St Vincent, au sud du Portugal. Le vainqueur du Vendée Globe 2000-2001 enchaîne les empannages en bordure d’anticyclone et passe beaucoup de temps à la barre, dans l’espoir de recoller peu à peu un peloton plus véloce que lui. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), reparti jeudi matin des Sables d’Olonne, n’a pas encore franchi le cap Finisterre. Pour ces deux coureurs, mais aussi pour le Canadien Derek Hatfield qui a repris la mer à 02h00 ce matin, il faudra s’accrocher et trouver des motivations de substitution.
Terminons par Jean Baptiste Dejeanty. Ce dernier annoncera demain à la mi-journée s’il repart ou non en course.

C.El