Vents et dévents

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Le dimanche 16 novembre 2008 à 15:09
© Benoît Stichelbaut / PRB

Alors que les trois leaders sont à moins de cent milles de l’archipel du Cap Vert, les dix premiers se posent déjà des questions pour aborder ces îles volcaniques qui perturbent des alizés déjà un peu asthmatiques… Et c’est en pleine nuit ce dimanche soir, qu’ils vont ouvrir la voie.

Dedans, dehors ? Au milieu, en bordure ? A l’Est, à l’Ouest ? L’archipel du Cap Vert barre la route vers l’équateur et si c’est cet après-midi que l’option stratégique sera prise, la décision a elle, été mûrement réfléchie grâce à l’expérience, aux derniers fichiers météo, et au regard de l’avanie qui a plombé Marc Guillemot aux Canaries. Car en se faisant coincer à plus de cent kilomètres d’un relief qui ne faisait finalement que 3 200 mètres d’altitude pendant des heures alors que l’alizé soufflait tout de même à plus de vingt nœuds, Safran démontre que les perturbations, les dévents des îles, peuvent se propager très loin sous le vent !

 

Relief désertique et tropical

L’archipel du Cap Vert est en effet assez étendu puisqu’il comprend dix îles principales qui essaiment sur 150 milles en latitude et près de 200 milles en longitude. Découverts par les Portugais en 1456, ces confettis volcaniques émergent jusqu’à 2 829 mètres sur l’île de Fogo, l’une des plus Sud. Avec son climat tropical sec et ces terres plutôt arides voire désertiques, le contraste thermique est important entre le jour et la nuit, ce qui provoque des phénomènes de brises thermiques qui viennent encore plus perturber le régime d’alizé, surtout quand celui est faible comme annoncé pour les jours prochains…

 

Car la dépression orageuse qui s’est installée très au large des Canaries provoque un énorme bouleversement climatique : les alizés de Nord-Est ne soufflent plus qu’à une douzaine de nœuds au niveau du Cap Vert, voire moins au Sud des Canaries. En plus, plusieurs minima barométriques s’égrainent sur la route des solitaires et le Pot au Noir est plutôt haut en latitude et assez étendu, tant en latitude (12° à 6° Nord) qu’en longitude (de la Sierra Leone au 30° Ouest). Et d’après les cartes météo, s’il y a un peu plus de pression de vent à l’Est de l’archipel pour la nuit prochaine, il y a des calmes ensuite dans le Sud-Est des îles. A contrario dans l’Ouest, la brise est un peu plus molle, mais reste plus stable presque jusqu’au 10° Nord, à l’entrée du Pot au Noir…

 

Dans le doute…

Il n’y a donc pas de grandes certitudes quant à l’évolution de ce Pot au Noir que les leaders devraient aborder probablement demain lundi soir… si le passage de l’archipel s’est bien déroulé ! Car pour l’instant, les trois leaders (Peyron, Josse, Le Cam) semblent partis pour s’y engouffrer en laissant Santo Antao et San Nicolau à tribord avec très certainement l’idée d’empanner ensuite pour se dégager par l’Ouest afin d’éviter les perturbations de l’île de Fogo. Une autre solution serait d’empanner après le relevé des positions de la flotte de ce dimanche à 17h00, voire d’attendre celui de 20h00 pour cacher son jeu jusqu’au dernier moment… Afin de ne pas donner d’indications au groupe des poursuivants, relégué à 73 milles (Dick) ou plus de cent milles, soit pratiquement une demi-journée. En suivant une route vers l’Ouest sur un bord peu favorable pour aller au moins jusqu’au 27° Ouest avant de reprendre un cap vers le Sud.

 

Plus au vent, Jean Le Cam peut encore changer sa route pour passer au vent des îles (Sal, Boa Vista, Maio) comme il l’avait fait en débordant Madère par l’Est… Pour empanner ensuite à au moins cinquante milles au Sud de l’archipel. Option un peu risquée à ce stade de la course. Le ralentissement devrait donc bénéficier aux poursuivants, particulièrement le groupe Riou, Le Cléac’h, Eliès, Jourdain, Golding, Beyou qui garde la possibilité de reprendre de l’Ouest avant d’aborder l’archipel s’il constate que les trois leaders s’enferrent dans une molle. Quant à Wavre, White et Desjoyeaux, leur décalage très au large laissent entendre qu’ils ont déjà l’intention de s’écarter très sensiblement de cet archipel de tous les dangers. Ce n’est pas le cas pour Guillemot, Boissières et Caffari qui doivent soit glisser beaucoup plus sous le vent, soit carrément empanner comme l’a fait Akena Vérandas hier soir. Ce début de semaine s’annonce donc extrêmement important pour établir peut-être une nouvelle hiérarchie et pour déterminer le point d’impact dans le Pot au Noir : la dernière fois que les skippers ont traversé cette zone lors de la transat Jacques Vabre 2007, Loïck Peyron avait perdu tout son capital en « coupant le fromage » trop près des côtes africaines alors que Michel Desjoyeaux avait remporté le jackpot en s’écartant beaucoup plus à l’Ouest, autour du 27°…

 

Dominic Bourgeois