Bienvenue dans un univers aléatoire

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Le mercredi 19 novembre 2008 à 18:05
© ROLAND JOURDAIN / VEOLIA ENVIRONNEMENT / Vendée Globe

Emmenés par Loïck Peyron, les premiers concurrents ont abordé le pot au noir et expérimentent depuis cet après midi le douloureux exercice d’une navigation sans vent. Contraints à une veille de tous les instants pour extirper de leurs grands monocoques quelques dixièmes de nœuds, les voici plongés pour 24 à 36 heures dans un univers aléatoire. Un regroupement est à prévoir.

La ligne de départ est fermée
En ce 10e jour de course, 2100 milles séparent les chefs de file du dernier concurrent. Quand les premiers pensent déjà au franchissement de l’équateur, d’autres abordent ou s’extirpent de l’archipel du Cap Vert. Plus haut sur la carte de l’Atlantique nord, Bernard Stamm arrondit les Canaries, Derek Hatfield glisse à l’ouest de Madère et Dejeanty file au large du Portugal. Le skipper de Maisonneuve surveille l’étanchéité du pont de son bateau comme du lait sur le feu. Il est le dernier concurrent à avoir profité des 10 jours d’ouverture de la ligne de départ pour rentrer aux Sables d’Olonne et réparer à terre. La ligne est d’ailleurs définitivement fermée depuis ce mercredi 13h02.

Le Cam puni par ses pilotes
Les autres, depuis longtemps déjà, sont contraints de résoudre sur l’eau le moindre pépin technique, à la force des bras et des méninges.
Jean le Cam en a fait la douloureuse expérience la nuit dernière : ses quatre pilotes automatiques hors service, il a passé plusieurs heures en travers de la route pour résoudre la panne et estime avoir perdu 45 milles dans l’opération. A ce contretemps viennent s’ajouter les milles envolés au cours de son recalage obligatoire dans l’ouest. Résultat des courses : VM Materiaux a dégringolé à la 8e place, à 93 milles de Loïck Peyron.

Peyron en éclaireur à 2,6 nœuds de vitesse
Ce dernier qui entame son 7e jour de course aux avant-postes, a ouvert aujourd’hui la voie dans le pot au noir. La traversée de cette bande de 300 milles située de part et d’autre de l’équateur, où règnent grains violents et vents erratiques, confine parfois au jeu de hasard. A la vacation du jour, les navigateurs ont évoqué ces aléas, l’indispensable facteur chance, se remémorant avec un certain fatalisme les milles perdus ou gagnés par enchantement lors de leurs précédents passages. Yann Eliès, lui, imagine un pot au noir sous forme de « bête », en cerbère fantasmagorique, gardien du passage dans l’hémisphère sud.
Dans cette zone où l’irrationnel et l’imprévu prennent le pas sur le calcul, les marins vont renouer avec les basiques de la navigation à la voile : observer la mer, scruter les nuages et surtout, veiller sur le pont pour répondre dans la minute aux variations de vent. Ce jeu de patience et d’abnégation va durer pendant les 36 prochaines heures et chacun espère secrètement qu’il en sortira gagnant. Ce matin, dans le sillage bleu marine de l’éclaireur Peyron, les poursuivants avaient placé leurs pions et glissaient paisiblement sous un soleil de plomb, tube de crème solaire à la main et ventilo en marche à l’intérieur des bateaux. Mais au classement de 16h00, les vitesses avaient déjà amorcé leur chute libre, Gitana Eighty peinant à 2,6 nœuds de moyenne, tandis que Sébastien Josse (BT), Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), Armel Le Cléac’h (Brit’ Air) plafonnaient à 4 nœuds.

Petit à petit, les poursuivants vont buter à leur tour dans ce mur sans vent et un joli regroupement est à prévoir dans les prochaines heures. Parmi les retardataires qui glissent toujours dans l’alizé, cet arrêt buffet fera quelques heureux. De Dominique Wavre (Temenos II) à Michel Desjoyeaux (Foncia), certains y verront une belle occasion de revenir au contact. Un bonheur probablement éphémère, à moins que la « bête » dans ses caprices, ne décide de les laisser passer comme des fleurs.

C.El