Auprès de mon onde
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Le samedi 22 novembre 2008 à 18:38Alors que les retardataires sont dans le Pot au Noir ou en approche, les leaders et le peloton naviguent dans un alizé de Sud-Est modéré (15-20 nœuds) qui s’annonce régulier pour les jours à venir. Au près, les solitaires vont devoir composer avec une mer peu coopérative et s’ils pourront se reposer quelque peu, il leur faudra tout de même être très présents sur le pont.
Au sortir du Pot au Noir, les solitaires ont touché un vent qui devenait de plus en plus stable en force et en direction, au fur et à mesure qu’ils s’approchaient de l’équateur. Et d’après les cartes météorologiques, ces alizés de Sud-Est 15-20 nœuds vont rester très stables pour les jours à venir. Conséquence : du près plus ou moins serré, mais pour l’instant tous les leaders font cap au 187° à un ou deux degrés près. Avec des vitesses qui oscillent entre 11,3 et 13,2 nœuds… D’ailleurs, c’est le Britannique Mike Golding (Ecover 3) qui était le plus rapide ces dernières heures sur son plan Owen Clarke Design particulièrement à l’aise contre le vent.
L’autre dessin qui devrait être redoutable à cette allure est le plan de Juan Kouyoumdjian mené par Brian Thompson (Barhain Team Pindar) qui n’a pas encore touché le même vent que ses prédécesseurs mais qui navigue presque un nœud de mieux que ses concurrents les plus proches… Pesant plus de douze tonnes (au lieu de 9 tonnes pour la majorité de la flotte) avec plus de six mètres de large, portant un mât aile démesuré de 32 mètres au-dessus de la mer, ce plan avait été conçu pour les régates en équipage ou les courses en double, pas pour un solitaire ! Mais cette surpuissance est un atout dans des vents réguliers sur une mer hachée : logiquement, il pourrait reprendre jusqu’à douze milles par jour aux leaders… Ce qui pourrait lui permettre de revenir à moins de 150 milles du premier à la latitude de Salvador de Bahia !
Une barrière dépressionnaire
Car la situation n’est pas « standard » sur l’Atlantique Sud : l’anticyclone de Sainte-Hélène est en effet plutôt situé vers l’île Trindade au large du Brésil ! Tandis que des cellules de hautes pressions se « baladent » entre Cape Town et Tristan da Cunha… Résultat : une barrière dépressionnaire s’est formée entre Salvador de Bahia et l’Afrique du Sud, avec une grosse masse nuageuse, des fronts occlus en cours de dégradation, une dépression orageuse qui glisse vers le cap de Bonne Espérance. Cet ensemble hétéroclite provoque donc une césure du régime alizéen tel qu’habituellement installé autour de Sainte-Hélène et par voie de conséquence, les alizés ne vont que très progressivement s’orienter à l’Est, seulement à la latitude de Recife, c’est à dire pas avant lundi soir voir plus…
Et comme l’anticyclone a la fâcheuse tendance à rester sur place, il va barrer la route des premiers ! Normalement, les voiliers passent (depuis Bartolomeu Dias !) à l’Ouest de ces hautes pressions pour profiter des vents portants quand l’anticyclone est à sa place habituelle. Mais là, pas de choix autre que de le bordurer dans son Est s’il ne bouge pas. Et qui dit passage sur la face orientale, dit vents contraires puisque dans l’hémisphère Sud, la brise tourne dans le sens contraire des aiguilles autour des hautes pressions. Du près jusqu’à l’Afrique du Sud alors ? Ce serait terrible pour la moyenne (déjà 46h30 de retard sur le temps de référence au passage de l’équateur établi par Jean Le Cam en 2004), redoutable pour les solitaires qui passeraient alors une semaine ou dix jours penchés à 20°, fatiguant pour les gréements secoués par une mer pas si métronomique que ça… Ce serait aussi la possibilité pour les retardataires de revenir si par chance, l’anticyclone décidait de retrouver sa position « normale » derrière les leaders !
Arithmétique atlantique
Les solitaires vont donc sérieusement se pencher sur cette nouvelle problématique : ils ont le temps car au moins quatre jours de près stable permettent de récupérer de la fatigue accumulée par des températures plutôt agréables et une eau plutôt chaude. Pour l’instant, le choix est simple : prendre le plus de Sud possible pour avancer vers la lente rotation brésilienne. Histoire de choquer un peu les écoutes et d’accélérer à quatorze nœuds en sollicitant moins le bateau. Histoire aussi de contrôler la flotte qui a très peu d’ouverture tactique. D’ici mercredi, il ne faut donc pas s’attendre à de grands chambardements : seul le potentiel du couple skipper-bateau peut créer un différentiel qui ne devrait de toutes façons pas être supérieur à une douzaine de milles par jour… Mais douze multiplié par cinq égale tout de même soixante milles !
DBo.
Infos précédentes :
- 22/11/08 à 18:38 : Auprès de mon onde
- 22/11/08 à 15:45 : Derrière la ligne
- 22/11/08 à 06:31 : Huit solitaires la tête en bas
- 22/11/08 à 00:09 : Loïck Peyron a passé l'équateur à 22h00 française
- 21/11/08 à 20:16 : L’équateur vers 22h
- 21/11/08 à 17:00 : Changement de décor
- 21/11/08 à 11:24 : Un scénario idéal ?
- 21/11/08 à 06:19 : Exit pour les uns, entrée pour les autres
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