La barrière anticyclonique
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Le dimanche 23 novembre 2008 à 20:10Alors que Jérémie Beyou a obliqué vers les côtes brésiliennes pour réparer son gréement, les dix-sept solitaires qui naviguent désormais dans l’hémisphère Sud vont devoir composer avec une situation météorologique très particulière. Question : faut-il déjà anticiper en s’écartant du peloton ou faut-il encore patienter en restant au contact ?
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La navigation océanique est une équation à variables multiples ! « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » précisait déjà le philosophe présocratique Anaxagore de Clazomènes… Et entre une masse d’air chaude stable et un front froid actif, il se passe bien des choses : le mélange a des tendances aléatoires qui rendent les modèles mathématiques parfois obsolètes, du moins à moyen terme. Car quand un anticyclone s’en va, une dépression le remplace. Or c’est bien à quatre ou cinq jours que se jouent les coups tactiques en course : pour optimiser sa trajectoire, il faut connaître le plus précisément possible les orientations du vent à venir. Et là, quand l’anticyclone de Sainte-Hélène se décale de plus de 1 500 milles au Sud-Ouest de sa position « normale », il devient complexe d’anticiper son déplacement à venir, si déplacement il y a ! Car la situation est étrange : de hautes pressions se sont stabilisées par 35° Ouest et 35° Sud, là où naissent habituellement les dépressions argentines qui filent à grande vitesse vers les Quarantièmes…
De la fluctuation des fluides
Et entre ces hautes pressions méridionales et l’Afrique du Sud, un magma de petites dépressions, de fronts, de bulles et de vents erratiques règnent depuis quelques jours et ce, au moins jusqu’à mercredi ! Et ce jour-là, le groupe de tête sera déjà à la latitude de Salvador de Bahia, toujours en naviguant avec du vent de secteur Est à Sud-Est… et donc sans avoir la possibilité d’obliquer vers le cap de Bonne Espérance car plus le bateau aura gagné vers l’Est, plus le vent sera contraire ! La route « normale » qui s’oriente progressivement vers l’Afrique du Sud semble donc bouchée pour l’instant. Et si cette configuration perdurait, il faudrait envisager de continuer à descendre presque tout l’Atlantique Sud au près jusqu’au 32° Sud, soit plus de 1 500 milles et pratiquement une semaine… Déjà en retard de 46 heures par rapport au temps de référence de 2004 au passage de l’équateur, la flotte perdrait encore des jours sur cette tranche de parcours vers le cap de Bonne Espérance !
Mais ce mur anticyclonique ne va-t-il pas s’effondrer ? Le peu de gradient de pression qui règne dans l’Ouest de l’Afrique du Sud ne va-t-il pas faire place un autre anticyclone structuré et stable ? Un front froid ne va-t-il pas engendrer une dépression brésilienne qui porterait tous les solitaires vers les Quarantièmes ? À ce jour, il est encore trop tôt pour connaître exactement la tendance de l’Atlantique Nord. Mais la question va se poser très clairement aux solitaires lundi soir car il faudra commencer à faire son choix : ouvrir un peu les voiles pour aller vite en se rapprochant un peu des côtes brésiliennes ou a contrario, serrer au maximum le vent pour commencer un décalage vers le Sud-Est afin d’aborder le plus tôt possible les vents contraires prévus. Ou encore patienter en attendant que la situation se décante en gardant la capacité de choisir son camp un peu plus tard. L’observation des comportements des autres navigateurs est au programme… Et les poursuivants conservent une nouvelle fois l’avantage d’analyser avec un peu de décalage, ce que vont décider les leaders. Pas toujours facile d’être en tête !
Fin de week-end
En ce dimanche soir, rien n’indique que les premiers ont déjà une opinion arrêtée sur cette configuration particulière : Mike Golding (Ecover 3) ne persévère plus dans son optique de privilégier la vitesse par rapport au cap, a contrario de Jean Le Cam (VM Matériaux) et de Marc Guillemot (Safran) qui se laissent légèrement glisser sous le vent. Mais le décalage est encore très léger et les vitesses apparaissent très proches entre les quinze premiers. Et si ça tamponne un peu pour les deux derniers solitaires au large du Cap Vert (Derek Hatfield et Jean-Baptiste Dejeanty), cela semble être bien s’établir pour Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), reparti comme une fusée depuis sa sortie (probable ?) du Pot au Noir…
DBo.
Infos précédentes :
- 23/11/08 à 20:10 : La barrière anticyclonique
- 23/11/08 à 16:50 : Direction Brésil
- 23/11/08 à 12:00 : Les explications de Jérémie
- 23/11/08 à 10:23 : Avarie de gréement sur Delta Dore
- 23/11/08 à 09:17 : Changement de pot
- 23/11/08 à 06:21 : Attention à la routine
- 22/11/08 à 23:51 : Jamais content !
- 22/11/08 à 20:24 : Premier choix
- 22/11/08 à 18:38 : Auprès de mon onde
- 22/11/08 à 15:45 : Derrière la ligne
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