Les prémices des molles de l’anticyclone qui s’est installé devant les étraves des leaders, commencent à se faire sentir : la mer est plus maniable, les écarts se resserrent et les poursuivants en profitent pour combler leur retard avec encore de la bonne brise. Ce ralentissement devrait bénéficier dans un premier temps au « club des cinq » actuellement en approche de l’île de Trindade, puis à tous les concurrents encore entre le tropique du Capricorne et l’équateur.
La triste nouvelle du jour est la déclaration d’abandon de Jérémie Beyou, arrivé ce mercredi matin dans le port de Recife (Brésil) : les réparations indispensables pour reprendre la mer ne sont pas réalisables par un homme seul ne disposant pas du matériel nécessaire pour circonvenir à moult avaries (barres de flèche, hauban, tube carbone, bastaque…). C’est avec une grosse émotion et une grande tristesse que le skipper de Delta Dore a annoncé qu’il jetait l’éponge en remerciant toute son équipe et son partenaire pour leur soutien. Alors qu’il était l’un des animateurs de cette première partie du Vendée Globe en se calant au sein du groupe des dix premiers, Jérémie Beyou avait apporté une touche de sensibilité et d’humour qui avait touché tous les auditeurs de ses vacations radio. Le programme du skipper breton va désormais dépendre de l’expertise complète nécessaire pour évaluer les dégâts causés à son gréement.
De l’équateur au tropique
Demain jeudi, c’est fini : tout le monde aura passé la ligne de changement d’hémisphère ! Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) n’a plus que 1 570 milles de retard sur Loïck Peyron (Gitana Eighty), encore leader pour son quatorzième jour consécutif ! Mais le benjamin du Vendée Globe peut être content puisqu’il a rattrapé plus de 500 milles depuis son deuxième départ des Sables d’Olonne et le Canadien Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) n’est plus qu’à 60 milles de son étrave… De même pour Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui a dépassé depuis deux jours l’Autrichien Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) et à maintenant en ligne de mire, Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) et l’Américain Rich Wilson (Great American III), à une centaine de milles devant !
Enfin, les hautes pressions daignent se remuer : lentement certes, mais la bulle commence sa pérégrination vers l’Est ce qui va permettre de retrouver des vents portants d’ici le week-end. Ce ne va pas être un souffle très soutenu, mais cela va changer le rythme de la course. Et probablement redistribuer les cartes ! Les neuf premiers sont de plus en plus proches les uns des autres : 80 milles d’écart entre Loïck Peyron et Jean Le Cam (VM Matériaux), en raison d’un ralentissement par devant. Franchissant le tropique du Capricorne ce mercredi après-midi, ce groupe s’enfonce dans les hautes pressions et n’a pas d’autre choix que d’attendre que la situation se décante… En regardant dans le rétroviseur ! Car Marc Guillemot (Safran) est en effet le plus dangereux des chasseurs, puisqu’il aligne depuis deux jours les meilleures moyennes (310 milles de VMG en 24h). Et Michel Desjoyeaux (Foncia) est aussi à l’affût puisqu’il a encore grappillé 25 milles ce jour !
Lente évolution ce week-end
Sylvain Mondon de Météo France précisait ce matin que l’anticyclone situé au large de l’Uruguay était en train de s’affaisser en se décalant vers l’Est mais un autre anticyclone, plus au Sud, vient le remplacer ce week-end. Un ralentissement est donc prévu vendredi avec déjà des à-coups jeudi : le rythme va donc totalement changer avec du portant à l’orée du week-end (Nord-Est modéré). Les spinnakers vont donc de nouveau être envoyés mais l’accélération viendra plutôt du côté des « retardataires »… De quoi relancer la course à la sortie de l’Atlantique ! Quinze solitaires en moins de cent milles au passage de la première porte des glaces au large de l’Afrique du Sud : voilà un scénario incroyable… mais plausible !
DBo.