Qui vivra verra…

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Le samedi 29 novembre 2008 à 17:45
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe

Ils sont neuf à revendiquer l’honneur d’attaquer la première porte du Sud en tête. Piquant plein Sud, Loïck Peyron et Sébastien Josse tentent d’accrocher les premiers, les vents d’Ouest qui les propulseront vers le cap de Bonne Espérance. Au Nord-Est, Jean Le Cam et Yann Elies ont choisi de privilégier une trajectoire plus proche de la route directe au risque de s’engluer dans les calmes de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Au centre, le gros de la troupe attend une éventuelle faute des extrémistes pour choisir son camp. Et les classements ne cessent de jouer au yoyo au gré des décalages des uns et des autres en longitude comme en latitude.

Il est des cas où le navigateur solitaire sait se faire matois. Qu’il pointe en tête de flotte et vous l’entendrez déclarer que les classements ne veulent pas forcément dire grand-chose et qu’il surveille du coin de l’œil quelques uns de ses concurrents engagés dans une autre stratégie. Qu’il accuse quelques milles de retard, il saura vous expliquer que rien n’est joué et qu’il n’y a pas péril en la demeure. C’est comme une partie de poker menteur : il s’agit ni de se voir trop beau, ni de laisser prise à l’espérance de ses adversaires. Il y a dans l’attitude des leaders un mélange subtil de prudence, de langue de bois et peut-être de superstition… On ne vend pas le ramage de l’albatros avant de l’avoir plumé. Tout le monde attend le verdict et personne ne se risque au moindre pronostic même s’il existe quelques tendances.

 

Bataille tactique d’envergure


Au Sud, Loïck Peyron (Gitana Eighty) comme Sébastien Josse (BT) ont pu profiter de leur position en tête de flotte pour choisir l’option d’allonger leur route pour aller chercher les vents portants. Le risque pour eux est moindre car ils ont toujours la possibilité de mettre le clignotant à gauche si jamais leurs poursuivants infléchissent leur route. Pour eux, c’est un œil sur l’étrave et l’autre dans le rétroviseur. A l’Est, Jean Le Cam (VM Matériaux) comme Yann Elies (Generali) tentent de rallier la première porte des glaces en coupant au plus court. Pour refaire son retard ils ont choisi une stratégie à fort taux de risque : si leur route est la plus proche de l’orthodromie, Jean Le Cam et Yann Elies savent qu’ils vont flirter avec l’anticyclone. Que Sainte-Hélène se décide à leur ouvrir la route et ils peuvent espérer toucher le gros lot. Que l’anticyclone continue de paresser dans l’Ouest de sa position normale et le piège peut se refermer sur les deux navigateurs.


On comprend mieux pourquoi le gros de la flotte a choisi d’adopter une attitude plus conservatrice : l’adage populaire qui dit « dans le doute, abstiens-toi » fait florès… Mais il reste qu’à ne pas vouloir perdre, on risque parfois de ne pas pouvoir gagner beaucoup. Mais se dire que la route est encore longue n’est-il pas le signe d’une certaine sagesse, à l’heure de venir frotter les moustaches du grand méchant sud ? A propos de moustaches, ceux qui se les frisent actuellement, ce sont bien les poursuivants du paquet de tête. A l'instar d'un Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui, en guise de cadeau d'anniversaire, est redescendu en dessous des 800 milles de retard sur la tête de flotte. Comme le faisait remarquer le navigateur helvétique, c'est le débours qu'avait Mike Golding à Bonne Espérance en 2004. Comme quoi, la pointe de l'Afrique porte parfois bien son nom.

 

La tête ailleurs


Le Sud : tout le monde y pense déjà. Car chacun sait que si le passage de l’anticyclone a mobilisé les esprits et les corps, la transition risque d’être brutale. D’ici quarante-huit heures, la tête de flotte sera dans les fameux Quarantièmes Rugissants. Commencera alors la longue sarabande qui les mènera jusqu’au cap Horn vers la fin du mois de décembre : températures en baisse, ciels bas, cavalcades infernales sur la houle, veille des icebergs… Ceux qui connaissent savent qu’ils vont changer de mode de fonctionnement : entrer dans sa bulle, veiller à ménager le matériel, encaisser des surfs inquiétants quand le bateau navigue sous pilote et qu’on cherche le repos. Les autres, les bizuths du grand Sud tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Cette bagarre-là, ils en ont rêvé mais il reste, qu’à l’heure de sauter le pas, les inquiétudes se font plus pressantes. Rien de tel pour chasser ces appréhensions que de se raccrocher à du concret : on fait le tour du bateau pour vérifier les mille et un points de détails, on profite d’une accalmie pour monter dans le mât vérifier que tout fonctionne, on fait du rangement. On récure le bateau comme le bonhomme. C’est bien connu, les grands ménages de printemps, outre leur intérêt pratique, ont aussi des vertus psychologiques dont on ne vantera jamais assez les bienfaits.

 

PFB