L’heure des comptes

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Le samedi 29 novembre 2008 à 20:22
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe

Alea jacta est aurait dit Jules Cesar… Sur la route des Quarantièmes, les solitaires n’ont plus guère de choix. Ceux qui ont choisi de rester décalés dans l’Ouest pour descendre plein Sud espèrent que l’anticyclone n’aura pas le mauvais goût d’ouvrir le passage aux audacieux qui tentent de couper le fromage quand les tenants de l’option orientales doivent serrer le tableau arrière de leur bateau pour échapper aux tenailles de Sainte-Hélène. Derrière, le groupe de chasse emmené par Marc Guillemot affute les couteaux.

Qu’elle risque d’être longue cette nuit ! C’est le moment où chacun commence à guetter les évolutions du vent, où la moindre variation peut faire naître des espoirs insensés, où l’on joue sur le fil du rasoir. Les plus exposés, ceux de l’Est sont en train de guetter le résultat de leur petite cuisine : si le vent maintient ses promesses, ils se verront peut-être proclamés maître-queue de la course au large. Mais que le soufflé retombe et les heures à venir seront difficiles. Quand on joue gros, il est encore plus difficile de perdre.

 

Cette situation inédite risque de mettre à mal les nerfs des solitaires engagés dans cette grande partie d’échecs à l’échelle de l’Atlantique Sud. D’autant que le petit groupe des neuf échappés se retrouve aujourd’hui à portée de fusil du groupe de chasse qui, prudent, a préféré jouer la sécurité et privilégier la vitesse devant le piège qui se refermait sur les leaders. La nuit aidant, c’est l’heure des pronostics les plus insensés. Marc Guillemot (Safran) navigue déjà à la même latitude que Jean Le Cam (VM Matériaux). Pour peu que celui-ci ne trouve pas la sortie de secours, les écarts peuvent encore se resserrer. Autant dire qu’une seule certitude anime le peloton, c’est que rien n’est simple…

 


Se souvenir des choses simples


Dans ce genre de cas, il ne sert parfois plus beaucoup de se creuser les méninges devant les fichiers météo et les logiciels de routage. D’une certaine manière, la messe est en passe d’être dite. C’est alors le moment de se concentrer sur les réglages, de prendre la barre quand le bateau peine à avancer dans les petits airs, de chercher l’angle optimal qui correspond au meilleur compromis cap vitesse. La course au large est aussi parfois une école de fatalisme : ceux qui s’en sortiront seront aussi les navigateurs qui auront su faire abstraction des contrariétés que Dame météo peut parfois apporter.

 

Cette édition du Vendée Globe est en train de mettre à mal la règle qui fait de la prime au premier une éventualité quasi certaine. De Michel Desjoyeaux (Foncia) à Dominique Wavre (Temenos II) en passant par Marc Guillemot, les attardés d’infortune voient le destin leur donner un sacré coup de pouce. Qui sait si à la porte des Quarantièmes, on ne va pas voir un groupe de quinze bateaux encore capable de se disputer le leadership de la course à coup de dizaines de milles ? Une situation passionnante pour tous ceux qui suivent la course mais combien éprouvante pour les navigateurs en lutte pour la gagne. Jean Le Cam à l’issue de son bras de fer mémorable en 2004 avec Vincent Riou, avouait que ce qui était difficile n’était pas de faire le tour du monde mais bien de le faire avec la pression de la concurrence. Visiblement, les prochaines heures ne vont pas le démentir.

 

 PFB