Le théorème de Pythagore

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Le dimanche 30 novembre 2008 à 18:00

Hypoténuse interdite : dans le grand triangle rectangle marqué par la pointe est du Brésil, un point situé à 600 mille dans l’ouest de l’ile de Tristan da Cunha et la première porte des glaces, les concurrents du Vendée Globe n’ont pas ...

Qui des navigateurs du Vendée Globe aurait pensé au départ des Sables d’Olonne devoir enrouler l’archipel de Tristan da Cunha comme une vulgaire marque en baie de Quiberon ? Ce groupe d’îles désertiques, investi en 1811 par quelques aventuriers et déclaré comme territoire autonome, fut finalement annexé de force par les sujets de sa Gracieuse Majesté en 1814 et rattaché alors au territoire de Sainte-Hélène. L’extension de l’anticyclone éponyme jusqu’aux limites de l’archipel aura eu, pour le moins, le mérite de rappeler un point d’histoire oublié. Pourtant, il y a fort à parier que les concurrents qui bataillent en tête de flotte ont d’autres préoccupations en tête que d’évaluer la légitimité d’une telle colonisation. Car les dernières vingt-quatre heures ont enfin permis de décanter une situation pour le moins confuse. Globalement, les hommes du sud, Sébastien Josse (BT) et Loïck Peyron (Gitana Eighty) ont remporté cette manche au détriment des autres. Placé le plus à l’est Jean Le Cam (VM Matériaux) a perdu l’essentiel du bénéfice de son décalage. Seul Yann Elies (Generali) a sorti son épingle du jeu en se faufilant dans un trou de souris au prix de quelques heures d’angoisse à flirter avec la ligne blanche.

 

Bâbord toute
 

En tout état de cause, la rotation des vents tant attendue a permis enfin à la flotte d’effectuer un spectaculaire virage à gauche et surtout de pouvoir enfin sortir les voiles de portant. Les bateaux du Vendée Globe retrouvent enfin les conditions pour lesquelles ils sont conçus : des allures de glisse à musarder avec les crêtes de vagues pour trouver l’accélération propice qui les poussera vers la première porte des glaces. Reste que l’orientation des vents pourrait inciter certains à mettre encore du sud dans leur est pour accrocher définitivement les vents puissants des quarantièmes. On a coutume de dire que le mieux est l’ennemi du bien : là encore, il faudra évaluer avec justesse qui des tenants de la route directe ou de ceux qui iront chercher le renforcement des vents au prix de quelques empannages auront eu raison. Quoi qu’il advienne, il ne serait pas étonnant de trouver un peloton groupé d’une douzaine de bateaux à la porte de l’Océan Indien.

 

Promesses de Gascons


Cette situation inédite risque de ne pas être sans conséquences sur le comportement des solitaires à l’heure d’entrer dans ce que Titouan Lamazou appelait le pays de l’ombre. Vont-ils, comme le professe la plupart des navigateurs interrogés à la vacation, adopter un rythme conforme aux exigences de prudence que demande la navigation dans des régions qui restent parfaitement hostiles ? Se laisseront-ils entraîner dans une sarabande infernale à coups de « à toi – à moi » qui les pousseraient dans une surenchère à haut risque ? C’est ce qu’on appelle le syndrome du convoi groupé : quand le premier conducteur d’une file de véhicule appuie trop sur le champignon, la logique voudrait que les suivants imposent leur rythme… Et pourtant, dans la plupart des cas, l’ensemble de la caravane se laisse entraîner au risque de la sortie de route. Les belles promesses des navigateurs résisteront-elles à la pression de la compétition ? Réponse dans les jours à venir.

PFB