C'est la guerre d'usure

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Le mardi 02 décembre 2008 à 17:35
© Yvan Zedda / Paprec-Virbac / Vendée Globe

Le convoi de tête profite toujours d’un vent de nord-ouest soutenu (rafales à 30 nœuds) lui permettant de surfer sur un bord vers la première porte des glaces que les leaders atteindront demain matin. Ces conditions plus stables sont les bienvenues après 24 d’empannages éreintants. Certains accusent un gros coup de fatigue et dans cette guerre d’usure au portant sur le mode « qui portera le plus de toile », les performances des bateaux font le yoyo entre 15,5 et 18 nœuds !

Moral en baisse
L’humeur des acteurs du Vendée Globe épouse aujourd’hui les formes de la houle du grand sud : une succession de creux et de crêtes selon le bonhomme et son actualité. La fatigue provoquée par l’intensité de la régate océanique qui se joue depuis 23 jours – rappelons que les 9 premiers concurrents se tiennent en 94 milles -, et la succession d’empannages sportifs opérés hier et la nuit dernière dans 25 nœuds de vent, y sont pour beaucoup. A l’usure passagère des hommes s’ajoute celle du matériel. C’est ainsi que Loïck Peyron a brûlé du temps et de l’énergie pour sauver son gennaker passé à l’eau et enroulé autour de la quille de Gitana Eighty, une opération qui lui a coûté deux places au classement. Peyron avouait subir depuis plusieurs jours une succession de pépins techniques qui lui empoisonnent la vie. Il doit désormais monter au mât pour récupérer sa drisse. A la vacation, il avait la voix éteinte.

Marc Guillemot, lui, pestait contre son pilote automatique, responsable de son ralentissement hier. Obligé de réduire la toile pour éviter la sortie de route, le skipper de Safran a perdu du terrain sur Foncia – Michel Desjoyeaux, qui a passé plus de 20 heures à la barre hier n’est plus qu’à 21 milles du plan Verdier VPLP ! -. Ce matin, « Marco » avait retrouvé les bons réglages et remis le « turbo ». Mais ces contrariétés ont entamé le moral du Trinitain qui sentait le poids du stress et de la fatigue peser sur ses épaules. Autres soucis matériels à déplorer : la dérive tribord de Jonny Malbon, endommagée suite à sa rencontre hier soir avec un cétacé. Raphaël Dinelli a de son côté réussi à réparer sa drisse de grand-voile mais s’interroge sur la fiabilité de sa réparation.

En hausse

A l’autre bout du spectre, certains navigateurs affichaient la mine des bons jours. C’était le cas de Dominique Wavre, heureux de prendre la barre de Temenos, tout en sirotant un bon café chaud ; de Samantha Davies (Roxy) regrettant d’avoir raté le lever du jour et de Steve White (Toe in the Water) qui ne s’est jamais senti aussi bien qu’au réveil ce matin. Les deux concurrents de tête avaient eux aussi de quoi se réjouir. Sébastien Josse, qui a pris les commandes il y a trois jours, naviguait sous génois et grand-voile haute, satisfait de tenir la dragée haute à ses poursuivants. Quant à Yann Eliès, il se targuait d’avancer à 17 nœuds tout en restant allongé bien au chaud dans son sac de couchage. Jean Pierre Dick, quant à lui, tient la forme olympique : il est en effet le plus rapide entre les deux derniers classements avec 18,1 nœuds de vitesse moyenne !

A la niaque
Désormais « tout va se faire à la niaque » affirmait Michel Desjoyeaux. Autrement dit, la vitesse des bateaux et les classements seront soumis à la volonté et à la capacité des navigateurs à porter plus ou moins de toile. Dès lors, les performances des grands monocoques reflèteront le mental et la fraîcheur des hommes : il y aura à coup sûr des hauts et des bas.

La situation météo aura aussi son rôle à jouer. Or, elle se complique à mesure qu’on recule dans le classement. Le front qui propulse les bateaux de tête dans des surfs à 20 nœuds n’est pas aussi coopératif avec Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et encore moins avec Samantha Davies (Roxy) aux prises avec du petit temps. En revanche, les conditions vont s’aggraver par l’ouest au passage d’une dépression qui apportera au groupe composé de Dee Caffari (Aviva), Arnaud Boissières (Akena Vérandas), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Jonny Malbon (Artemis), Steve White (Toe in the Water) et Rich Wilson (Great American III), des vents forts de nord-ouest avec des rafales à 50 nœuds ! Cette dépression devrait épargner (relativement) les concurrents qui ferment la marche plus au nord.

 

C.El