Gendarmes et voleurs

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Le jeudi 04 décembre 2008 à 17:20
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe

Ils ne se lâchent plus. Aux portes du sud, les deux premiers se tiennent en moins de 5 milles, le sixième, Jean Le Cam (VM Matériaux) est à peine à plus de 50 milles. Sébastien Josse (BT) mène toujours la danse devant Yann Eliès (Generali). Alors que le premier coup de vent austral devrait donner un premier aperçu de ce qui va être leur quotidien pendant près d’un mois, les solitaires du Vendée Globe voient l’étrave d’un certain Michel Desjoyeaux se profiler dans leur sillage. Le skipper de Foncia accusait à 16h un retard de 140,8 milles soit un débours de 0,7% sur la totalité du parcours…

Ils naviguent au contact. A la porte du grand sud, ils jouent comme s’il s’agissait d’une manche de régate en baie. Dix petits milles, c’est, aux vitesses actuelles des solitaires, à tout le moins une quarantaine de minutes… C’est dire l’acharnement que tous mettent à ne pas se laisser décrocher de la tête de course. Pourtant, quand on y regarde de plus près, les rythmes de course ne sont pas forcément homogènes : c’est un grand jeu du chat et de la souris, voire du gendarme et des voleurs auxquels se livrent les navigateurs… Pendant vingt-quatre heures, un des concurrents appuie sur le champignon au risque de la sortie de route, une manière élégante de rappeler qu’on est toujours dans le match. Quitte ensuite à baisser franchement de rythme pour récupérer des efforts fournis. C’est ce qui peut expliquer les mouvements de yoyo qui affectent le classement des dix premiers. Les hommes tiennent, mais le matériel qu’en dit-il ? C’est une des inconnues de ce début de course qui, s’il n’est pas le plus rapide sur le fond, bat tous les records de vitesse sur l’eau.

 

Salle d’attente et tapis roulant


Ce ne sera pas le baptême du feu. Ils ont déjà donné dans le Golfe de Gascogne. Il reste que le coup de vent attendu sur la flotte inaugure une probablement longue série. Comme dans la salle d’attente du dentiste, ils ne savent pas encore à quelle sauce, ils vont être mangés. Pour évacuer la pression, ils s’en remettent à la check-list usuelle : faire un tour du bateau pour vérifier que tout est en place, sangler le matériel qui risquerait de voler à l’occasion d’un saut de vague, prendre un peu de repos pour arriver frais et dispos quand le coup de vent montrera les crocs… Le premier coup de vent devrait inaugurer une longue série : ciel bas, houles puissantes et regards moqueurs des albatros vont constituer leur quotidien pendant une trentaine de jours. Mais surtout, ils vont devoir affronter l’angoisse de la casse, le froid de plus en plus mordant et cette irrésistible envie de stopper le manège quand, depuis des heures et des heures, le vent monte dans les tours et que quille et safrans vibrent à l’unisson. Embarqués sur le même tapis roulant, tous observent l’anémomètre affichant ses valeurs montantes… Mais personne n’est certain d’en toucher les dividendes.

 

La poursuite infernale


A l’arrière, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) continuent leur chevauchée. Au matin, Michel pestait contre lui-même, la faute à un changement de voile trop bien anticipé qui lui avait valu de naviguer un temps sous-toilé. Ce qui ne l’empêchait nullement de reprendre encore des milles et de pointer à 16h à milles du leader. Bernard Stamm, au mépris de toute galanterie, s’apprêtait à croquer tout cru les deux demoiselles de la course. Le Suisse continue de mener un train d’enfer. Visiblement la chaudière de Cheminées Poujoulat est sous pression.

PFB