La tangente de Boynes

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Le mercredi 10 décembre 2008 à 11:12
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe

 À deux jours du passage aux abords de l’archipel des Kerguelen, la tête de la flotte semble opter pour une trajectoire tangentielle, à raser le plateau continental près des îles de Boynes. Dans ces parages désolés, la difficulté est de ne pas se rater dans l’enchaînement des empannages à venir pour négocier au mieux cette zone mal famée…

Après un mois de mer sans véritable obstacle si ce n’est les « petites » îles Atlantique (Madère, Canaries, Cap Vert, Trindade, Gough, Tristan da Cunha), voilà une phase radicalement différente qui s’annonce pour cette fin de semaine puisque, d’un rythme océanique avec des stratégies à long terme et de l’eau à courir pour manœuvrer et négocier les grands phénomènes météo, il va y avoir une phase de régate côtière, certes courte mais très prégnante. Car devant les étraves se présente un gros caillou : l’archipel des Kerguelen qui s’étend sur 70 milles en latitude et 90 milles en longitude, sans compter les îles éparses de Boynes, les Roches de Salamanca ou l’îlot Solitaire, au Sud… Mais aussi un plateau continental (fonds inférieurs à 200 mètres) qui se prolonge jusqu’à plus de 50 milles vers l’île Heard, marque de parcours à laisser à tribord.

 

Éviter la manœuvre sur les hauts fonds

En navigation océanique, il y a deux phases essentielles à anticiper : les transitions météorologiques et les atterrissages. Dans le premier cas, c’est le positionnement par rapport au phénomène qui permet de profiter au plus vite d’une bascule ou de s’extraire d’une molle ; dans le second cas, c’est la trajectoire qui permet d’éviter un obstacle, un dévent de relief, une mer chaotique. Or pour les deux jours à venir, les solitaires du groupe de tête vont devoir composer avec ces deux paramètres combinés : la brise de secteur Ouest d’une vingtaine de nœuds ce mercredi midi va prendre une composante Sud-Ouest 20-25 nœuds la nuit prochaine, pour s’orienter au Nord-Ouest 25-30 nœuds vendredi matin. Il faudra donc enchaîner les empannages avec le bon tempo, pour se retrouver avec un angle optimal, bâbord amure au passage de l’archipel.

 

D’autre part, il faudra que la trajectoire ne se rapproche pas trop des hauts fonds où la mer s’annonce très agitée, avec des vagues pyramidales générées par ces rotations du vent, la houle d’Ouest, la résonance sur les côtes et la levée de la mer sur les hauts fonds. Le point de passage optimal devrait ainsi se situer à 60 milles dans le Sud du cap Bourbon, pointe la plus Sud-Ouest de la Grande-Terre, soit sur des fonds de plus de 500 mètres. Or avec la proximité des côtes, se positionner 20 milles plus au Nord pourrait imposer de manœuvrer pour se dégager, et passer 20 milles plus au Sud ferait passer sur des hauts fonds (170 m et 12 m !) à mi-chemin entre les Kerguelen et l’île Heard… La marge est donc étroite !

 

Une option générale confirmée

A environ 650 milles des premiers reliefs sous-marins de ce plateau austral, les leaders cette fois emmenés par Sébastien Josse (BT), semblent bien s’orienter vers un passage tangentiel au Sud de l’archipel. Et en convergeant vers le même point, le groupe de tête s’est ramassé sur lui-même avec des écarts une nouvelle fois insignifiants ! Il y a des milles à gratter dans cette phase « côtière » et chacun a eu à cœur de resserrer les espaces pour mieux contrôler la situation et ses concurrents. 70 milles d’écarts latéraux séparent le premier du plus au Sud, le Britannique Mike Golding (Ecover 3), le plus rapide de ce groupe de tête.

 

Après le « coup de mou » général de mardi (vent comme moral), la journée n’est pas aux interrogations métaphysiques mais bien à re-marquer son territoire et indiquer clairement après plus d’un mois de mer, que finalement, personne ne va pouvoir décrocher le groupe, du moins avec ce type de conditions portantes et relativement régulières. Il y aura probablement d’autres occasions avant le cap Horn, mais pour l’instant, priorité à une belle trajectoire et à un regroupement au passage des Kerguelen, d’ici vendredi.

 

Enfin pour la queue de flotte, Météo France prévoit un très sérieux coup de baston pour vendredi matin, avec des vents de 40-45 nœuds avec rafales à 60 nœuds et des creux de plus de neuf mètres : les trois « retardataires » Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch), Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) doivent pouvoir éviter le plus gros de ce coup de vent en restant au-dessus du 48° Sud…

 

DBo.