Aile de mouette

Articles

Le mercredi 10 décembre 2008 à 20:01
© Mark Lloyd / DPPI / Vendée Globe

En s’approchant à vive allure du goulet entre les Kerguelen et l’île Heard (à laisser à tribord), le groupe de tête s’est compacté en vue d’une trajectoire à raser, par le Sud, le plateau continental de l’archipel… Loïck Peyron a décidé de faire route au Nord sous gréement de fortune après son démâtage vers 14h00 ce mercredi.  

Les phénomènes d’accordéon du groupe de tête qui ont marqué le contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène en Atlantique, puis l’entrée dans l’océan Indien, semblent avoir mis un terme (provisoire) à leurs effets hiérarchiques. La flotte est désormais clairement composée de huit leaders en moins de cent milles, pourchassés par trois solitaires, Yann Eliès (Generali), Marc Guillemot (Safran) et Dominique Wavre (Temenos II) à environ 200 milles. Eux mêmes sont suivis par sept navigateurs très dispersés, de Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 500 milles, jusqu’à Jonny Malbon (Artemis) à 1100 milles, puis par cinq autres marins encore plus étalés en longitude puisque Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) et Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) n’ont pas encore franchi le cap de Bonne Espérance, tandis que Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) sont tout juste en approche de la première porte des glaces ! Un écart entre le leader et la lanterne rouge équivalant à la distance entre Terre-Neuve et Ouessant…

 

Trois systèmes météo

Sans préjuger de l’avenir et après plus d’un mois de mer, les précédents Vendée Globe laissent entendre qu’un delta inférieur à 1000 milles au passage des Kerguelen n’est pas suffisant pour éliminer un prétendant au podium : Mike Golding avait rattrapé son retard de 800 milles en 2004 pour finir troisième… Et si ceux qui ont perdu le contact avec la tête de la flotte devront de toute façon patienter encore des jours avant d’imaginer revenir à portée de « lance-amarre », pour le Top Ten, le comportement à adopter est au maintien des positions. Accélérer en limite de résistance des hommes et des machines n’est pas au programme de la nuit, surtout après le démâtage d’un grand favori, Loïck Peyron (Gitana Eighty) ce mercredi après-midi ! L’objectif est plutôt de se concentrer sur le passage des Kerguelen et pour l’instant, tout le monde semble s’accorder pour laisser l’archipel à bâbord.

 

Mais avant de s’engager dans cet entonnoir, il faudra jouer avec une double bascule, d’abord au Sud-Ouest, ensuite au Nord-Ouest avec l’arrivée d’un front occlus. Il y a donc du vent prévu pour ce milieu de semaine, mais dans des proportions qui restent tout à fait gérables : 20 à 30 nœuds avec quelques grains. A contrario pour les poursuivants à plus de 400 milles du leader, la brise de secteur Nord-Ouest s’annonce plus violente dès demain jeudi après-midi et pour la queue de flotte, c’est un véritable coup de vent qui se prépare pour ceux qui plongeraient vers le Sud-Est. Les systèmes météo sont donc déjà bien différents entre le groupe de tête, le peloton et les « retardataires »…

 

Une hiérarchie affinée

Avec le regroupement général constaté ce mercredi midi et désormais l’impératif de s’engouffrer dans le goulet Kerguelen-Heard (puisque tous les leaders optent pour le Sud de l’archipel), les routes convergent et les écarts en latéral comme en distance au but se sont compressées. Sébastien Josse (BT) en a profité pour se recaler sous le vent Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), tandis que Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Mike Golding (Ecover 3) jouent les trouble-fêtes un peu plus au Sud : une petite quarantaine de milles de marge seulement pour le leader face à Michel Desjoyeaux (Foncia) cinquième, revenu du diable vauvert !

 

Reste qu’il va falloir bien gérer cet atterrissage sur les Kerguelen, l’archipel imposant par sa configuration géographique un passage plutôt étroit pour laisser l’île Heard à tribord. Une véritable hiérarchie, en temps et en distance, pourrait ainsi être établie avant la remontée vers la troisième porte, positionnée dans le Sud-Ouest du cap Leeuwin. Logiquement avec les bascules prévues de l’Ouest vers le Sud-Ouest puis au Nord-Ouest, c’est une trajectoire en « V » très ouvert, en « aile de mouette » (ou plutôt d’albatros) qui va s’imposer…

 

DBo.