Alors qu’il venait de prendre la tête du Vendée Globe, Mike Golding (Ecover) voyait le plus grand espoir de la colonie britannique de remporter le Vendée Globe s’évanouir, avec la chute de son mât à 6h47 TU. Michel Desjoyeaux (Foncia) profitait de l’aubaine pour s’emparer de la première place même s’il aurait sûrement préféré le faire dans d’autres circonstances. Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 1) envisageait, quant à lui, de se dérouter vers des eaux plus calmes pour tenter de réparer son safran… Ils ne sont plus que quatre aux commandes en moins de 70 milles.
L’Océan Indien se sent des âmes de nettoyeur. Tels ces hommes de main sans scrupules qui éliminent sur contrat, il prend un malin plaisir à dévaster les espoirs des concurrents du Vendée Globe sans états d’âme du plus huppé au plus humble. En sept jours, ils sont donc six concurrents à avoir du en rabattre de leurs ambitions : Loïck Peyron (Gitana Eighty) tout d’abord, démâtait au sud-ouest des Kerguelen. Puis Dominique Wavre (Temenos 2) se voyait contraint de faire route sur Port-aux-Français, quille en vrac. Dans la foulée, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) se voyait contraint de rejoindre ce qui restera pour lui l’Archipel de la Désolation. Malgré l’aide des personnels des TAAF et l’apport de Dominique Wavre, le navigateur suisse ne pouvait empêcher son bateau de s’échouer et de subir de graves dommages. C’est ensuite Jean-Pierre Dick qui heurtait un OFNI (Objet Flottant Non Identifié) et enregistrait de gros dégâts sur son safran tribord. Enfin, la tendance se confirmait avec le démâtage de Mike Golding et l’annonce de l’abandon de Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve).
Cow-boys solitaires
« Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Comme les animaux de la fable, les navigateurs solitaires subissent cette longue litanie qui, visiblement, plombe un peu plus l’ambiance chaque jour. A l’instar d’un Yann Elies (Generali) s’imaginant pauvre cow-boy pourchassé par un Indien menaçant ou d’un Vincent Riou (PRB) qui reconnaissait s’être fait des frayeurs en percutant sans grand dommage apparent un growler qu’il n’avait pas pu détecter, tous ressentent une fatigue bien légitime. De Roland Jourdain (Veolia Environnement) à Jean Le Cam (VM Matériaux), ils ont hâte de sortir de ces mers croisées, de ces lumières rasantes, de ces vents tortueux. Le Pacifique peut être parfois brutal, mais il promet souvent des chevauchées beaucoup plus limpides…
A l’arrière de la flotte, ils font contre mauvaise fortune bon cœur : Sam Davies (Roxy) tient remarquablement tête aux assauts croisés de Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et de l’adversité. Malgré la fatigue, la jeune Anglaise continue de diffuser son bonheur de vivre et s’offre le luxe de pointer en tête de la colonie étrangère de la flotte. Plus à l’arrière, Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) se permettait, quant à lui, de battre son record personnel sur 24 heures.
Desjoyeaux encore et toujours
En tête de course, Michel Desjoyeaux n’en revenait pas encore de se retrouver leader d’une course qu’il avait tant désirée au point d’avoir cru la perdre… A l’annonce de son classement, c’est un bonhomme tout ému qui laissait percer le jour derrière les analyses. Le skipper de Foncia parlait à la vacation d’un bonheur inqualifiable. Inqualifiable, finalement, le terme sied bien au navigateur de Port-la-Forêt… Les quatre premiers devraient franchir la longitude du Cap Leeuwin dans la nuit, pulvérisant ainsi le record de l’épreuve depuis la longitude du Cap de Bonne Espérance. On se rapproche petit à petit du tableau de marche de 2004.
PFB