Adieu l’Indien, bonjour le Pacifique… Cette nuit, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement) ont franchi la longitude symbolique de 147°E qui marque la frontière entre les deux océans. Sébastien Josse (BT) et Jean Le Cam (VM Matériaux) devraient les suivre dans les heures qui viennent. Les solitaires naviguent par couples qui se resserrent et se défont au rythme de cette milonga océanique.
Desjoyeaux – Jourdain, Josse – Le Cam, Le Cléac’h – Riou, Davies – Thompson, Caffari – Boissières… Depuis plusieurs semaines, ils naviguent, non pas bord à bord, mais dans un périmètre de moins de 100 milles l’un de l’autre en moyenne. Ce bel ordonnancement des couples ondule au gré des variations du vent et des options prises par les uns ou les autres. De temps à autre, les caprices de l’Indien viennent casser les duos déjà formés à l’occasion d’une avarie ou d’une option stratégique mal négociée. A l’arrière de la course, ce beau schéma n’a plus cours et les navigateurs redécouvrent les affres de la véritable navigation en solitaire sans partenaire pour s’étalonner ou se rassurer. Hasard ou conséquence, les écarts ne cessent de se creuser puisqu’à l’entrée du Pacifique, Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) compte déjà plus de 3700 milles de retard sur le leader de la course, soit l’équivalent de deux semaines de navigation… Seuls dans le groupe de tête, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), parti en retraite volontaire pour concevoir un nouveau safran ou Marc Guillemot (Safran) transformé en chien de berger protecteur de Yann Elies (Generali) ont abandonné la danse.
Bons élèves et rebelles
Michel Desjoyeaux, quant à lui, continue de jouer avec les nerfs de ses adversaires. Revenu en tête, le skipper de Foncia se fait de moins en moins bavard, ne livre plus grand-chose de ses sensations. Navigant à son rythme, il impose sa cadence et il n’est pas sûr que Roland Jourdain, son partenaire de parquet, n’y trouve longtemps son compte. La soif du pouvoir s’accommode mal du partage et de la fraternité. Mais il est parfois plus facile de s’accommoder d’un partenaire de route que de vouloir contenir, tout seul, les assauts de trois furieux… Comme pour le démontrer, Jean Le Cam continue, comme à son habitude, de sortir des sentiers battus. Sur une route plus sud que les autres, il a concédé du terrain pour pouvoir récupérer des vents plus soutenus : au classement de 5h (TU+1), il naviguait à plus de 18 nœuds quand ses adversaires directs plafonnaient à 15 nœuds. Les 233 milles de retard qu’il possédait sur le leader risquent donc bien de fondre dans les prochaines heures.
PFB