Casques lourds !

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Le mardi 23 décembre 2008 à 16:53
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe

Les conditions météorologiques vont sérieusement se dégrader ces heures prochaines et le réveillon de Noël risque fort d’être très agité pour quasiment toute la flotte répartie des antipodes aux Kerguelen… Et si Michel Desjoyeaux mène encore le bal, ses poursuivants reviennent sur le leader comme des avions !

L’entrée en Pacifique a des allures d’Indien et l’Indien est loin d’être pacifique ! Seuls quelques solitaires ont eu le droit ce mardi à une petite pause due, pour les deux premiers, à une zone de transition avec des vents faibles au Sud-Est de la Nouvelle-Zélande ; à une dorsale anticyclonique pour Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) en approche de la Tasmanie ; à des calmes avant la tempête pour les deux « retardataires », Raphaël Dinelli (Foundation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch). Mais l’ambiance ne va pas du tout être la même dans les prochaines heures car, à l’avant de la flotte, c’est une dépression orageuse qui va bouleverser la donne : descendant d’Auckland, cette perturbation génère des vents modérés de secteur Nord qui vont très rapidement tourner au Sud-Ouest à plus de 35 nœuds et de très fortes rafales ! Le changement climatique va être radical, surtout pour les deux leaders Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement).

 

Du lourd, du très lourd !

La situation sera moins brutale pour Sébastien Josse (BT) et Jean Le Cam (VM Matériaux), relégués à plus de 150 milles ce qui devrait leur permettre de grappiller encore du terrain, écart qu’ils ont déjà en partie combler depuis la fin du week-end… Et pour les deux « inséparables », Armel Le Cléac’h (Brit Air) et Vincent Riou (PRB) qui ont suivi quasiment la même route depuis le départ des Sables d’Olonne (sic !), la configuration est plus que favorable : les deux compères ont largement dépassé ce mardi midi les 400 milles quotidiens et ont grignoté plus de cent milles en 24 heures sur les leaders…

 

Pas de chance pour l’ex-vétérinaire qui va devoir composer avec des vents variables dus à la présence d’un anticyclone entre la Tasmanie et la pointe Sud de la Nouvelle-Zélande ! Jean-Pierre Dick va donc ronger son frein en voyant revenir comme des boulets, le couple Samantha Davies (Roxy) toujours impériale en toutes circonstances, et Marc Guillemot (Safran) très fatigué après sa veille auprès de Yann Eliès et surtout handicapé par son rail de grand voile bloqué au deuxième ris… Le duo va se prendre une sérieuse « cartouche » avec des vents de plus de trente-cinq nœuds de secteur Nord, ce qui va créer une mer de travers très dure à négocier. Mais derrière le front qui va les propulser très vite à travers la mer de Tasman, il y a de quoi là encore, compresser vers la tête de la flotte.

 

Passe d’armes

Mais le match devant ne doit pas faire oublier les affrontements du peloton : ralenti par des soucis structurels dans la partie avant de son monocoque, Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) a enfin réussi après plusieurs jours de bricolages et de stratifications à renforcer son étrave. Si le Britannique ne peut pas encore trop tirer sur la machine, il a au moins l’espoir de finir son tour du monde, ce qui n’était pas évident le week-end dernier… Mais en contrepartie, sa compatriote Dee Caffari (Aviva) n’est plus qu’à une centaine de milles de son tableau arrière. Et la jeune femme doit rager parce que Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) a réussi à se glisser dans son Sud et à la dépasser ! Le trio va dorénavant devoir gérer une autre dépression assez méchante qui passe rapidement sous l’Australie, rendant la mer très chaotique et très forte…

 

Avance sur recettes

Michel Desjoyeaux a au final sensiblement rattrapé le retard accumulé par rapport à l’édition 2004 puisqu’il a passé l’antiméridien ce mardi à 12h35 (heure française) : il possède donc désormais un jour six heures cinquante-cinq minutes d’avance sur le temps de référence établi par Jean Le Cam quatre ans plus tôt. Hors le Fouesnantais avait 2j 22h 16’ de retard au passage de la longitude de Bonne espérance… C’est dire si le leader (et ses poursuivants aussi dans une moindre mesure) ont cravaché dans l’océan Indien ! Mais la priorité pour les jours à venir est de traverser cette première partie de l’océan Pacifique sans dégâts jusqu’à la porte de la Nouvelle-Zélande. Plusieurs solitaires indiquaient à la vacation radio de midi qu’ils se préparaient à mettre le « casque lourd » pour une semaine ! Retranchés dans leur cocon carbone, les solitaires vont affronter des rafales de grains, des mitrailles d’embruns, des missiles déferlants : c’est une nouvelle bataille du Pacifique…

 

DBo.