Système D... pressions

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Le samedi 27 décembre 2008 à 11:00
© Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe

Ce sixième Vendée Globe est désormais tamponné « dantesque » ! Les dépressions qui avaient déjà fait de gros dégâts dans l’océan Indien, ont été relayées dans le Pacifique par des perturbations à caractère orageux extrêmement dynamiques : moins de trente nœuds de vent ont des allures de calme… Ces conditions violentes ne vont pas affecter seulement la tête de la flotte : la mer de Tasman s’annonce aussi particulièrement mauvaise ! 

 La mer possède une puissance phénoménale et le tsunami qui a balayé les côtes asiatiques il y a quatre ans, démontre la capacité destructrice qu’une vague peut développer ! La déferlante qui a couché brutalement le monocoque de Sébastien Josse (BT) vendredi après-midi a probablement développé une force herculéenne au point de compresser la coque, de désolidariser une cloison intérieure, de fissurer le rouf et semble-t-il, d’avoir faussé un des deux safrans… Et cette mer démontée n’est pas prête de se calmer : la dépression qui a balayé la tête de course, ne se déplace que lentement avec un creusement à 939 hPa.

 

De plus, elle va être réactivée par une nouvelle perturbation orageuse venue de Nouvelle-Zélande, renforçant les vents à plus de 45-50 nœuds avec des lignes de grains très violents. La mer ne va pas non plus se réguler, car les brises de Sud-Ouest à plus de trente nœuds, vont se mélanger avec des houles de Nord-Ouest ! La position de la dernière porte du Pacifique Est devant être remontée pour éviter les glaces qui traînent aussi au Sud du 45° Sud, incitent les cinq premiers à gagner vers le Nord-Est, ce qui est une bonne décision car les vents sont (un peu) moins musclés au-dessus de cette latitude…

 

À Auckland Island

Marc Guillemot (Safran) a mouillé ce samedi à 10h00 (heure française) dans la baie de Port Ross, devant Sandy Bay. Il faisait nuit quelques minutes après la manœuvre et comme ce soir est une nouvelle lune (lune noire), le solitaire n’aura pas beaucoup de lumière pendant six heures, le temps que le soleil se lève à l’horizon dans cet été austral par 51° Sud… Cela ne devrait pas empêcher le Trinitain d’intervenir à la lampe torche et au projecteur pour remplacer un morceau de rail de grand voile. Marc comptait six heures pour en finir, mais cela va réellement dépendre de la gravité de l’arrachement, du froid qui ne manquera pas de ralentir les gestes, de la facilité à tarauder dans le mât.

 

Dépression sur dépression

L’unique solitaire à passer au travers des dépressions qui se succèdent, est Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) qui avait sensiblement ralenti dans une bulle anticyclonique et se faisait rattraper par Samantha Davies (Roxy) à 400 milles de son tableau arrière, la Britannique profitant d’un bon flux portant avant de se faire avaler par une autre dépression… Comme d’ailleurs presque tous les autres concurrents : Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) seront les premiers ce samedi soir à supporter des vents de 60 nœuds ! Puis c’est le triumvirat anglo-saxon qui va se faire cueillir au large de la Tasmanie : Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada), Rich Wilson (Great American III) et Jonny Malbon (Artemis) devront faire le gros dos dimanche… Enfin, Steve White (Toe in the water) puis Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Dee Caffari (Aviva) vont aussi devoir composer avec une mer très dure à l’approche des hauts fonds au Sud de la Nouvelle-Zélande.

 

Ce système dépressionnaire permanent n’est pas inhabituel dans ces mers du Sud, mais il semble que ce mois de décembre soit particulièrement agité par une confrontation frontale entre l’air très chaud du désert australien, qui s’échappe par « bulles » vers les latitudes polaires, formant des dépressions orageuses à très forte activité nuageuse, électrique, éolienne ! Si Michel Desjoyeaux (Foncia) conserve son leadership en grattant même une dizaine de milles sur ses poursuivants directs, Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Jean Le Cam (VM Matériaux), il n’en est pas pour autant très rapide : avec un peu plus de douze nœuds de moyenne en VMG, les premiers ne peuvent pas naviguer sereinement dans une mer qui risque à tout instant de déferler violemment. Quant au couple Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air), il a décidé de se séparer ce samedi midi : le vainqueur du Vendée Globe 2004 part au Nord-Est quand le novice du tour du monde choisit le Sud-Est…

 

DBo.