La belle du Seigneur

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Le dimanche 28 décembre 2008 à 11:01
© Benoit Stichelbaut / Akena Verandas

Michel Desjoyeaux a remis du charbon ces dernières heures et semble vouloir redonner du rythme à la tête de course en naviguant près de deux nœuds plus vite que ses poursuivants. Pourtant, les conditions météorologiques sont toujours aussi rudes au passage de la porte Ouest Pacifique… Quant à Derek Hatfield, il se détourne vers Hobart (Tasmanie) avec deux barres de flèche cassée suite à un knock-down.  

Michel Desjoyeaux se fait la belle ! En ce dernier dimanche de l’année 2008, le skipper de Foncia fonce de nouveau à des moyennes hallucinantes, à près de vingt nœuds sur une mer qui commence à devenir plus régulière et dans un vent de secteur Ouest d’une trentaine de nœuds. Le leader a été le premier à franchir la porte Ouest Pacifique en son milieu ce matin, avec plus de 70 milles d’avance sur Roland Jourdain (Veolia Environnement) qui, par sa position plus au Sud, devra la traverser sur sa partie la plus orientale. Mais comme la brise va tourner progressivement au Nord-Ouest et que l’ultime porte Est Pacifique est plus haute en latitude (44° Sud), il n’y aura pas d’option tactique jusqu’à cette « barrière de sécurité » déplacée pour parer les glaces dérivantes du Pacifique. C’est donc de nouveau une course de vitesse pure en tête de la flotte, avec un Jean Le Cam (VM Matériaux) qui a perdu des milles depuis le début du week-end, et un couple Armel Le Cléac’h (Brit Air) et Vincent Riou (PRB) qui ne se lâche toujours pas, au point que les deux solitaires se sont de nouveau croisés samedi après 48 jours de mer !

 

Derek Hatfield à petite vitesse

Le Canadien a subi les mêmes assauts que Sébastien Josse qui fait toujours route vers le Nord pour atteindre l’anticyclone installé sur le 40° Sud : le skipper de BT ne peut pas intervenir sur ses safrans tant que la mer ne s’est pas franchement calmée, ce qui n’est pas le cas dans sa zone de navigation. Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) s’est donc aussi blackboulé au Sud de l’Australie et avec deux de ses barres de flèche bâbord cassées, il a renforcé son gréement au vent pour faire cap au Nord-Est afin de se dégager au plus vite de la grosse dépression qu’il subit encore. Il remonte à un peu plus de cinq nœuds, probablement sous foc de brise ou tourmentin seul, afin de préserver son mât jusqu’à une escale technique à Hobart (Tasmanie) ou Adélaïde (Australie du Sud), à 1 000 milles de son étrave.

 

Pour cette journée de dimanche, les prévisions ne sont pas folichonnes pour presque toute la flotte, à l’exception des deux « retardataires » : Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) devraient enfin profiter d’une brise d’une vingtaine de nœuds seulement jusqu’aux premiers jours de la semaine. Ils pourraient ainsi passer la longitude du cap Leeuwin pour le dernier jour de l’année… Juste devant le Canadien, l’Américain Rich Wilson (Great American III) et le Britannique Jonny Malbon (Artemis) ne sont pas non plus à la fête ! Ils sont coincés entre deux systèmes dépressionnaires violents et doivent rester dans un couloir étroit afin d’éviter le plus gros des tempêtes pour naviguer sur une mer très mauvaise mais dans un flux de 25 à 35 nœuds seulement.

 

Une longue descente tactique

La situation est encore moins réjouissante pour Steve White (Toe in the water) qui va se trouver ce dimanche midi à la conjonction de ces deux perturbations… Tout juste entré dans le Pacifique, au Sud de la Tasmanie, le Britannique va devoir subir des brises supérieures à quarante nœuds avec rafales à 55 nœuds ! Et c’est encore des bouffées de chaleur descendues du désert australien qui vont rattraper le trio Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Dee Caffari (Aviva) ce dimanche après-midi. Marc Guillemot (Safran), reparti la nuit dernière de son mouillage à Auckland Island après avoir enfin réparé son rail de grand voile, sera un peu moins et un peu plus tard touché par ces vents de 40-45 nœuds de Nord-Ouest.

 

Samantha Davies (Roxy) est la plus épargnée et profite d’un bon flux portant de Nord-Ouest à Ouest pour revenir au grand galop sur Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) toujours ralenti par des effluves anticycloniques… Et à l’avant de la flotte, ça cavale ! Le déplacement du front qui a provoqué l’avarie de Sébastien Josse, permet à la mer de se lisser un peu mieux et de remettre des chevaux sous le capot : dix-huit nœuds de moyenne sont au programme pour Armel Le Cléac’h et Vincent Riou. Et s’il ne faut pas s’attendre à de grands chambardements jusqu’à l’ultime porte, la descente vers le cap Horn s’annonce plus incertaine. Le vent devant tourner au Nord-Ouest va obliger ce « club des cinq » à enchaîner les empannages pour rallier la pointe de l’Amérique du Sud… Il y aura donc des choix cornéliens à prendre après cette porte Est Pacifique, distante de 1 300 milles de l’étrave du leader.

 

Des milles de plus
Les portes des glaces ayant été déplacées pour des raisons de sécurité, la distance totale à parcourir sur l’orthodromie (route la plus directe) qui reste la référence pour établir les classements journaliers, a été augmentée. Ce dimanche, les valeurs fournies en termes de distance et de VMG ne sont pas significatives pour des raisons de réactualisation des données. En revanche, les écarts entre les solitaires restent un paramètre de référence valide, tout comme les vitesses et les caps.

 

DBo.