Cœurs braves
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Le lundi 29 décembre 2008 à 17:20La flotte panse ses plaies après le gros coup de tabac des deux derniers jours. Les voix des skippers trahissaient bien le soulagement d’être sortis de l’enfer, mêlé à la fatigue légitime provoquée par des vents violents et des mers croisées. Le Pacifique a eu raison de la volonté de Sébastien Josse (BT) qui, pour des raisons de sécurité, préfère ne pas aborder les parages du Cap Horn avec un voilier handicapé par un safran fragilisé… Derek Hatfield, quant à lui, estimant qu’il ne pourrait pas réparer son mât sans assistance, a informé la direction de course de son abandon.
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Un peu de répit pour les solitaires encore en course dans ce Vendée Globe 2008-2009 : ce matin, le vent retrouvait des échelles de valeur plus conformes à la moyenne. La flotte retrouve surtout une mer nettement plus apaisée et les navigateurs peuvent faire le compte des petits malheurs et bonheurs du jour. Grosse déception pour Sébastien Josse qui, la mort dans l’âme, a dû se résoudre à faire route sur la Nouvelle-Zélande. Le skipper de BT qui avait opté pour une stratégie toute en finesse, veillant à ménager son bateau, a été pris par une de ces vagues que l’on nomme, à juste titre, scélérate. Une déferlante incroyablement puissante a projeté son monocoque au tapis, entraînant des dégâts considérables. La course perd avec Sébastien Josse, non seulement un de ses favoris pour la victoire, mais aussi une des figures les plus attachantes de la course au large. Coup dur aussi pour Yann Elies : l’équipe de Generali a dû renoncer à poursuivre la recherche de son monocoque après l’arrêt de sa balise Argos puis de sa balise Sarsat Cospas. Le monocoque de Yann, balloté sans pilote, aux prises avec une tempête d’une grande violence n’a peut-être pas pu résister aux coups de boutoir des vagues de l’Océan Indien. En milieu d’après-midi, c’est Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) qui annonçait son abandon, suite à la rupture de ses barres de flèche. Le Vendée Globe s’arrête donc pour Derek alors qu’il avait su remuer ciel et terre pour trouver les financements nécessaires, qu’il avait su fédérer des milliers de compatriotes derrières son projet et qu’enfin il était l’auteur d’une course d’une grande sagesse jusque là…
Ambitions à géométrie variable
Pour ceux qui restent en course, c’est l’heure d’adapter les ambitions à la réalité du moment. Pour ceux qui doivent composer avec un bateau blessé, il s’agit avant tout de pouvoir finir une course qui rappelle cette année que le grand sud reste un univers hostile où l’on ne pénètre le plus souvent que par effraction. Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), qui surveille attentivement la tenue de la réparation de son safran tribord, attend avec une impatience non dissimulée le franchissement du Cap Horn, en espérant trouver à l’abri des côtes argentines une mer plus propice pour consolider son installation. Malgré la panne du moteur servant à basculer sa quille, Roland Jourdain (Veolia Environnement) reste le seul à s’accrocher au tableau arrière d’un Michel Desjoyeaux qui continue de cravacher son Foncia et creuse petit à petit l’écart avec le reste de la flotte. Comme le notait Roland, pour jouer sur les angles de quille, l’huile de coude compenserait les lacunes de la mécanique, si besoin était. D’autres navigateurs, plutôt que de s’appesantir sur les milles de retard accumulés, préfèrent rappeler que pour faire une place, il faut déjà finir. Armel le Cléac’h qui mène son Brit Air à sa main, est ainsi solidement accroché à la cinquième place, bord à bord avec Vincent Riou (PRB). Un réconfort psychologique bienvenu après trois semaines de mers du sud à rester à l’affût de la moindre rafale, à guetter le début d’une glissade incontrôlée. Trois semaines où le corps comme la tête luttent pour trouver le bon équilibre, où il faut savoir résister au travail de sape d’une mer particulièrement vicieuse.
Il en est aussi quelques uns qui, débarrassés de la pression que l’on colle aux favoris, ne boudent pas leur plaisir d’être en mer. Arnaud Boissières confiait qu’il s’adaptait avec aisance au rythme très particulier qu’impose la navigation dans les mers du sud. Entre bricolage, siestes, et petits plats, le navigateur arcachonnais continue de mener bon train son Akena Vérandas, au point de venir menacer les positions de Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) ou de Dee Caffari (Aviva). La navigatrice britannique avait, quant à elle, d’autres raisons de se réjouir. Naviguant au large de la Nouvelle Zélande, elle a eu la surprise de voir un avion de tourisme venir la survoler, avec à son bord, quelques amis des antipodes. Emotion et larmes de joies garanties, le bonheur est parfois simple comme un coup d’aile.
PFB
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