Chacun sa route, chacun son chemin

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Le mardi 30 décembre 2008 à 20:05
© NORBERT SEDLACEK / NAUTICSPORT KAPSCH / Vendée Globe

Bien sûr, il y a ceux qui caracolent en tête de classement, qui se trouvent braqués sous les feux de la rampe. Mais sans tous les autres, ceux qui s’acharnent à finir cette aventure, ceux qui ont dû rabattre leurs ambitions ou qui ont dû tirer leur révérence, le Vendée Globe n’aurait pas cette dimension mythique. Tous, des premiers aux derniers, font partie du sel de cette course…

Ils sont encore seize à toujours posséder leur bon de sortie. Si certains peuvent encore croire à la victoire, d’autres sont entrés dans un autre mode : ils savent que leur arrivée aux Sables d’Olonne marquera la fin d’une aventure personnelle parfois douloureuse, parfois injuste mais toujours exceptionnelle… A l’instar des coureurs cyclistes du gruppetto qui se serrent les coudes à l’heure d’aborder les grandes étapes de montagne, ils cherchent, à leur manière, à constituer une petite communauté fraternelle qui les aidera à franchir le grand désert salé du Sud.


En queue de peloton, certains n’ont d’autre ambition que de boucler proprement leur tour du monde, de se démontrer que ce rêve n’était pas inaccessible et qu’il méritait d’être vécu. Norbert Sedlacek (Nauticsport Kapsch) ou Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) savaient bien au départ des Sables que leur parcours tiendrait plus de l’aventure initiatique que de la régate. Mais leur motivation n’en était pas moins puissante : pour l’un, il s’agit de finir ce qui avait été commencé en 2000, quand l’autre souhaite démontrer qu’il est possible de boucler un tour du monde en solitaire sans escale sans faire appel aux énergies fossiles. Rich Wilson (Great American III) ou Jonny Malbon (Artemis) ont choisi de se lancer dans cette course démesurée pour tester leur aptitude à partir affronter l’inconnu : car l’incertitude ne vient pas seulement de ce qu’on ne connaît pas. Tous ceux qui ont déjà fréquenté ces mers reconnaissent qu’on en revient avec d’autres certitudes et aussi d’autres doutes. Quoi qu’il advienne tous savent qu’ils auront appris quelque chose sur le monde qui les entoure et sur eux-mêmes.

 

Petits bonheurs

Pour certains le Grand sud a des allures de révélation : il suffit de saisir le bonheur d’un Arnaud Boissières (Akena Vérandas), d’une Sam Davies (Roxy) ou d’un Steve White (Toe in the water) pour se dire qu’il serait surprenant de ne pas les retrouver dans quatre ans sur la ligne de départ : ceux-là ont apprivoisé leurs peurs, ils manifestent chaque jour un plaisir simple à vivre cette aventure où une certaine forme d’animalité se mêle aux objectifs de résultats. Ils se sont parfaitement fondus dans le moule de la course et leur humilité, l’acceptation de leur vulnérabilité rend leur plaisir d’être là quasiment indestructible.


Il y a enfin ceux qui, partis sur les sentiers de la gloire avec des ambitions à la hauteur de leur investissement, ont dû accepter, de plus ou moins bonne grâce, de faire profil bas. On pense bien évidemment à Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) auteur d’une course remarquable avant sa rencontre avec un OFNI, qui avouait sa difficulté à passer de la recherche de la gagne à la gestion d’une course d’attente, à Marc Guillemot (Safran) qui n’aura connu ni le meilleur ni le pire, mais qui sera passé par des émotions suffisamment fortes pour vouloir à tout prix finir honorablement cette course. Ou bien encore Dee Caffari (Aviva) qui, après avoir bataillé en tête de flotte dans les premiers jours, a cédé devant le rythme impitoyable imposé par les leaders.De même Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) voudra certainement revenir pour tester à nouveau sa philosophie des bateaux puissants.

 

Pour les cinq premiers, il n’est pas encore temps d’envisager la course sous cet angle. En tête Michel Desjoyeaux (Foncia) continue de faire fructifier son échappée. Vincent Riou (PRB), vainqueur du Vendée Globe en 2005 et cinquième à 568 milles peut méditer le fameux pari de Blaise Pascal : quand il existe encore une chance sur un million de voir se réaliser ce que l’on désire vraiment, cette chance mérite d’être tentée…

 

PFB