La longue route

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Le mercredi 31 décembre 2008 à 19:14
© VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globe

Quand on a le Cap Horn en ligne de mire, il est difficile d’échapper au fantôme de Bernard Moitessier. La longue route mérite le plus souvent récompense et le passage du cap dur, comme le nommaient les anciens du commerce, en était le plus joli symbole. Mais parfois la route devient trop longue quand on a la poisse qui vous colle au tableau arrière. Jean-Pierre Dick avait déjà cassé son safran tribord alors qu’il menant la flotte avec brio. L’arrachement de son safran bâbord lui ôte toute possibilité de gagner sa récompense.

A 14h (TU+1), alors que le jour n’allait pas tarder à se lever sur le Pacifique, Paprec-Virbac 2 heurtait très violemment un objet dur. Un choc brutal, rapide qui allait mettre à bas les ambitions de Jean-Pierre Dick sur ce Vendée Globe. « J’étais en train de me reposer à l’intérieur quand j’ai senti ce choc très brutal. Un bruit sec et franc. Le temps d’enfiler un bas de ciré à toute vitesse, je suis sorti pour voir le safran bâbord qui se dandinait. Le temps que je sorte pour l’inspecter, tout s’est arraché d’un coup : le système de fixation, la mèche, la cassette complète. Tout est parti à l’eau… Dès lors continuer sur Ushuaia avec un seul safran sur lequel j’avais déjà beaucoup travaillé n’était pas raisonnable. » Immédiatement, le navigateur niçois a roulé son gennaker, empanné sa grand voile et réduit la toile. Actuellement, Jean-Pierre navigue sous deux ris et trinquette à vitesse réduite en direction du nord. Son premier objectif est de rejoindre des zones moins agitées en bordure de l’anticyclone situé à l’est du Pacifique. Il sera temps ensuite de décider s’il s’agit de convoyer le bateau vers la Nouvelle-Zélande ou la Polynésie Française. C’est en tous les cas une énorme déception pour Jean-Pierre qui avait fait de ce Vendée Globe un de ses objectifs majeurs. Après avoir gagné la Transat Jacques Vabre par trois fois, remporté la Barcelona Race, il manquait à Jean-Pierre, malgré une belle troisième place dans la Route du Rhum la reconnaissance en solitaire que pouvait lui apporter cette édition 2008. Le mauvais sort en a décidé autrement, mais il est évident que l’on regardera sûrement le skipper de Paprec-Virbac 2 d’un autre œil lors des prochains départs de course.

 

Au fond du couloir à gauche

Pour les leaders, la dernière ligne droite commence. Quoique le terme de ligne droite soit, compte tenu du vent attendu, peu approprié. En effet les solitaires vont devoir choisir entre mettre du sud dans leur cap pour descendre tribord amure chercher des vents plus forts au risque de se retrouver proche du vent arrière quand il s’agira de viser le Cap Horn ou de choisir une meilleure angulation finale au risque de trouver des vents moins soutenus plus proche des côtes chiliennes. Un joli casse-tête pour les navigateurs d’autant qu’il n’est pas impossible de retrouver au final un jeu à somme nulle. En cette journée de passage à la nouvelle année, la plupart n’oubliera pas de fêter dignement l’arrivée de 2009. Améliorer l’ordinaire est aussi une manière de défier le temps qui passe et d’atténuer la nostalgie d’être séparé de ses proches. On imagine que pour Jean-Pierre Dick, les douceurs du Nouvel An auront un arrière-goût saumâtre.

 

Précisions sur les classements


On a pu déceler sur certains classements des aberrations sur les distances parcourues sur vingt-quatre heures ou les écarts entre deux concurrents. La faute en est au système de calcul de la distance restant à parcourir au passage des portes. Le point de référence est, notamment pour la porte « Pacifique est », le point le plus oriental de la porte. Un concurrent qui, à l’instar de Michel Desjoyeaux, traverse la porte dans sa partie ouest se voit créditer automatiquement d’un bonus de milles considérable puisque il se trouve classé par rapport au prochain point de référence quand tous ses adversaires sont encore classés par rapport à cette porte. Tout devrait donc rentrer dans l’ordre demain matin pour les trois premiers quand tous auront franchi cette porte.
 

PFB