Vendée Globe

Point nodal

Point nodal
© SAM DAVIES / ROXY / Vendée Globe
Le 04 janvier 2009

À quelques heures du passage mythique au Horn, Michel Desjoyeaux suivi à quelques heures par Roland Jourdain, va devoir se pencher sur une autre problématique nautique : la remontée de l’Atlantique ! 7 000 milles à parcourir entre vents catabatiques, alizés contraires, calmes équatoriaux, perturbations hivernales… et pression de la course. 

Soulagé, oui ; libéré, non ! A quelques heures du passage du cap Horn prévu vers 4 heures (heure française) pour Michel Desjoyeaux (Foncia) et vers 10 heures pour Roland Jourdain (Veolia Environnement), les deux compères ont incontestablement fait le break vis à vis de leurs concurrents : Jean Le Cam (VM Matériaux) est relégué à plus de 450 milles soit une trentaine d’heures, Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air) concèdent environ 700 milles, soit deux jours de mer… Ce n’est pas pour autant que la fin de parcours, soit tout de même 7 000 milles (équivalent à deux fois le parcours de la Route du Rhum !), va se résumer à un duel entre les deux voisins de Port la Forêt !

 

Les conditions météorologiques pour remonter le long des côtes argentines n’est pas forcément une promenade de santé : les souffles qui descendent de la Cordillère des Andes (vents catabatiques) peuvent parfois monter à plus de cinquante nœuds et ne préviennent pas les solitaires… Les alizés le long du Brésil peuvent tout à fait être pile dans l’axe de la route et prendre des tours à plus de trente nœuds… Les calmes équatoriaux peuvent se propager beaucoup plus Sud et s’étendre très au Nord… Sans compter qu’un bel anticyclone polaire peut avoir la mauvaise idée de s’installer sur la France, lançant des brises glaciales de Nord-Est face aux skippers !

 

Ne pas vendre la polaire avant de l’avoir enlevée…

Mais si le cap Horn est un carrefour maritime entre deux océans, une frontière entre Pacifique et Atlantique, une conjonction entre air tropical et air polaire, c’est aussi un point d’ancrage psychologique essentiel, un nœud mental qui se dénoue au cœur de corps endoloris. Il n’y a pas seulement une inflation de sérénité qui s’empare des esprits : il y a aussi un relâchement physique énorme qui faut savoir maîtriser. Car n’est-ce pas à partir de cette « vitesse de libération » que se construisent les succès, les intelligences, les adaptations, les appréhensions de la complexité finale ? Les deux dernières éditions du Vendée Globe ont déjà prouvé que rien n’est jamais acquis sur l’eau, surtout quand c’est un océan Atlantique qu’il faut traverser du Sud au Nord.

 

Mais si des vagues d’interrogation peuvent déferler en tête de flotte, il est d’autres incertitudes pour le peloton qui patine encore en plein Pacifique. Pour Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et pour Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch), c’est déjà un changement d’océan et ce n’est pas rien de quitter un Indien colérique ! Pour Jonny Malbon (Artemis), c’est après un demi-tour du monde que le jeune Britannique a décidé de mettre le clignotant à gauche : direction Auckland avant que sa grand voile qui se délamine, ne se transforme en pâte feuilletée pour l’Epiphanie ! Rich Wilson (Great American III) est donc désormais bien seul au Sud de la Nouvelle-Zélande, à 1 000 milles devant les deux « retardataires », et à 1 000 milles derrière le Britannique Steve White (Toe in the water) qui arrive à résoudre un par un, ses problèmes techniques, et bientôt retrouvera un vrai vit de mulet… Le triumvirat Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Dee Caffari (Aviva) et Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) est en revanche en train de se déliter : le Britannique peut profiter de son plan surpuissant au milieu du Pacifique, quand sa compatriote cherche encore une solution pour réparer sa grand voile qui se délamine aussi, et quand l’Arcachonnais fait son ménage dominical !

 

Reste Marc Guillemot (Safran) et Samantha Davies (Roxy) qui devraient connaître lundi matin quelles sont les réparations en temps que le Jury International a décidé de leur octroyer. Certainement pas suffisamment pour compenser un retard sur l’eau de plus de 1 300 milles sur le duo devant, mais un temps qui remet leur concurrence en jeu si le Trinitain décidait un nouveau pit-stop pour réparer son rail de grand voile défectueux… Il y a encore du match !

 

DBo.

 

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