Vendée Globe

Le Horn, c’est un roman

Le Horn, c’est un roman
© Benoît Stichelbaut / DPPI / Vendée Globe
Le 05 janvier 2009

Il y a ceux qui y sont allés et ceux qui en rêvent. Quoi qu’il en soit, le Cap Horn continue de fasciner lecteurs et hommes de plume. Des histoires fictivesou vécues, des romans aux nouvelles en passant par les récits de voyage, petit inventaire des livres indispensables pour comprendre la magie du Horn.

A tout seigneur tout honneur, pour parler du Cap Horn, comment ne pas évoquer « La longue route » de Bernard Moitessier. Le navigateur solitaire, qui fut à l’origine de bien des vocations de circumnavigateurs, est sûrement un de ceux qui a su le mieux parler de cette fascination de l’attente… Bien sûr, les conditions de navigation ont changé depuis l’époque où les navigateurs laissaient filer des trainards pour ralentir le bateau. De la navigation à bord de « Joshua » où les communications étaient réduites au minimum aux 60 pieds open bardés d’informatique, un monde les sépare. Mais Bernard Moitessier est bien le maître initiatique de tous ceux qui ont rêvé des mers du sud. Dans son sillage, il faut bien évidemment évoquer les deux bourlingueurs que furent Gérard Janichon et Jérôme Poncet : les deux étudiants grenoblois qui décident un jour de construire leur propre bateau « Damien » pour sillonner les mers du monde ont, bien sûr, marché sur les brisées du vagabond des mers du sud. Petite originalité pour les deux « Damien », le fait d’avoir passé le Cap Horn d’est en ouest : venue du Spitzberg en passant par les Antilles, l’Amazone et les canaux de Patagonie, les deux compères abordèrent le fameux caillou par l’est un jour de pétole. Au point d’avoir peur de repasser le Horn d’ouest en est emportés par le courant… Depuis les deux complices ont suivi chacun leur route. Gérard Janichon vit sur l’île de Ré et continue d’écrire, quand Jérôme Poncet a choisi comme point d’attache l’archipel des Malouines. Pour parler du Cap Horn il faut aussi évoquer tous ceux qui l’ont doublé et qui en ont rêvé : Sir Francis Chichester, qui fut en Grande Bretagne une icône à l’image de Tabarly de notre côté du Channel, parle de ces heures passées à guetter le moment où l’on pourrait contourner ce fichu caillou. Eric Loizeau qui fut des premières courses autour du monde en équipage comme chef de bord du vénérable Pen Duick III rebaptisé par la SEITA, a pris depuis de l’altitude au sens propre comme au sens figuré. Devenu montagnard, il s’est attaqué à l’Everest et s’est plu ensuite à comparer deux univers plus proches qu’on ne l’imagine parfois.

 

Des routes commerciales aux baleiniers chiliens


D’autres ont évoqué les grandes traversées de l’époque des grandes routes : route de l’or pour relier la côte est des Etats-Unis à San Francisco, route du thé entre l’Asie du sud-est et Londres, convois de minerais entre le continent australien et la vieille Europe. Jack London lui-même, s’est essayé au genre dans « les mutinés de l’Elseneur » qui compte la révolte d’un équipage contre son capitaine à l’heure de doubler le fameux caillou. Roger Vercel, l’auteur de Remorques, a su retracer la vie à bord de ces longs-courriers, quatre-mâts barques qui jusqu’aux années trente, firent les beaux jours des armements européens. C’était une époque ou passer le Horn signifiait rarement que l’on avait viré le caillou. Sur ces cathédrales de toiles, lourdes et peu manoeuvrantes, les capitaines préféraient le plus souvent prendre un très large tour. Et le plus souvent la longitude du Horn était franchie alors que l’on naviguait en plein détroit de Drake à quelques soixante milles, voire plus, au sud de ce caillou noirâtre qui marque l’extrémité de la terre de feu. Pour comprendre cette vie, l’ouvrage de Jean Randier qui fut le premier commandant du Belem après sa restauration, « hommes et navires au Cap Horn » demeure une référence indispensable pour mieux saisir l’ampleur du mythe et la réalité d’une vie de marin âpre et dangereuse.
Mais qui aura su mieux parler du cap Horn, des hommes qui vivent dans ses parages que Francisco Coloane ? L’écrivain chilien qui fut tour à tour gardien de troupeau, matelot sur un baleinier, capitaine d’un petit navire de servitude dans le détroit de Magellan, a produit des nouvelles inclassables entre réalité brute et fiction déraisonnable… Une écriture puissante, une connaissance intime de ses terrae incognitae. Dans son recueil de nouvelles « Cap Horn », Francisco Coloane écrivait : « Les marins prétendent qu’à un mille de ce tragique promontoire, témoin de l’incessant duel que se livrent au Cap Horn les deux plus grands océans, le Diable veille au fond des eaux, harnaché de chaînes et de fers qui grincent épouvantablement les nuits de tempête, quand les flots montent à l’assaut des ombres… »


PF Bonneau


Bibliographie :
« La longue route », Bernard Moitessier, éditions Arthaud
« Damien autour du monde », Gérard Janichon, éditions Transboréal
« Gipsy Moth IV autour du monde », Sir Francis Chichester, éditions Arthaud
« Du Cap Horn à l’Everest », Eric Loizeau, éditions Glénat
« Les mutinés de l’Elseneur », Jack London, éditions Phébus
« Le roman du Cap Horn», œuvres de Roger Vercel, Joseph Conrad, du Commandant Hayet et autres récits, éditions Omnibus
« Hommes et navires au Cap Horn », Jean Randier, éditions Hachette
« Cap Horn » et « Tierra del Fuego », Francisco Coloane, Phébus


 

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