Vendée Globe

Les pensées de Peyron

Les pensées de Peyron
© THOMAS CAMPION / DPPI / Vendée Globe
Le 05 janvier 2009

Ce lundi 5 janvier, Loïck Peyron a rendu une visite au PC Course du Vendée Globe à l’occasion d’une conférence de presse au cours de laquelle il revient sur ses infortunes, sa frustration, sa course et la course en général, les hommes et les bateaux … Morceaux choisis.

Le 10 décembre à 14h00, Gitana Eighty démâtait en plein océan Indien, à 180 milles dans le sud des îles Crozet. Loïck Peyron se déroutait alors vers Perth en Australie : 3 000 milles et trois semaines de mer sous gréement de fortune, ballotté par les vagues. L’abandon du skipper Baulois (alors le 7e depuis le départ de la course) marquait le retrait prématuré d’un des grands favoris et animateurs de cette édition du Vendée Globe, en tête à de multiples reprises, dont une longue session de 9 jours fin novembre.

La déception…
« La plus grande déception dans ces histoires - en dehors qu’à titre personnel, ce n’est pas drôle de se retrouver tout seul sur l’eau -, le plus difficile, c’est d’assumer la frustration collégiale, celle de toute l’équipe. La frustration est d’autant plus grande que l’investissement a été important … Or, là, je trouve qu’on a pris beaucoup d’élan, comme au triple saut. Mais dans le bac à sable, on n’a pas été aussi loin que prévu ! Ce genre de projet représente un vrai investissement, un vrai engagement et la chute est d’autant plus brutale ».

Les causes de l’incident …
« L’investigation est en route depuis quelques semaines. J’ai ramené une partie du pied de mât, la seule chose que me restait, donc on va analyser tout ça. Ce n’est pas encore tout à fait clair mais comme disait Tabarly, si c’est arrivé c’est que ce n’était pas assez solide ».

Des points communs avec les autres démâtages ?
« Pour Mike Golding, apparemment, c’est la deuxième fois qu’il démâte dans des conditions identiques, à savoir une surcharge pondérale en tête de mât due à un plan de voilure un peu déséquilibré. Rien à voir avec moi. Ce qui est assez désolant, c’est qu’il n’y a pas une seule casse identique. C’est compliqué, les équations ne sont pas faciles à remplir ».

Ses réflexions sur les abandons
« Le facteur temps est le seul facteur multiplicateur. Ce n’est pas la prise de risque, c’est le facteur temps qui multiplie les érosions potentielles. Toute la difficulté d’un Vendée Globe, c’est la durée. Le rythme a été plus élevé que les éditions précédentes mais les outils et les bonhommes sont fait pour cela théoriquement. Ce déchet potentiel fait partie du jeu. Il ne faut pas en être surpris. On vient seulement depuis deux jours de dépasser les statistiques, maintenant, faut-il être fataliste à ce point là ? Je ne suis pas convaincu non plus…Il faudrait pouvoir limiter le nombre d’abandons ».

Son rôle de meneur, sa capacité à imprimer le rythme pendant la descente de l’Atlantique…

« Les outils créés pour cette édition sont capables de faire beaucoup de choses. Les bateaux sont étonnants et les bonhommes, dans la plupart des cas, arrivent à suivre. Cette histoire de rythme est difficile à expliquer, à concevoir et à vivre. En fait, à bord, c’est une organisation permanente, chaque seconde, chaque mouvement, tout est organisé. Sur l’eau, je suis assez « timé », voire très organisé. Dès que quelque chose casse ce rythme-là, alors, tout le métier consiste à le retrouver. Sur la durée, il faut être quasi métronomique ».

A propos des performance très similaires des bateaux, quel qu’en soit l’architecte…

« Le choix d’un architecte se fait sur des détails. On ne peut pas le justifier sur des performances constatées sur un seul bord. Avant même le Vendée Globe, on a vu sur l’Ostar ou le Trophée SNSM que les écarts entre les bateaux étaient minimes. Mais parce qu’ils soient menés en solitaire, cela fait qu’on ne peut pas toujours exprimer 100% du potentiel des bateaux, même si les conditions sont clémentes. Le solo normalise beaucoup. C’est pour cela que ce n’est pas facile de gagner du terrain sur les concurrents, ou de creuser quand on est en tête. Pas facile du tout. Que tu sois devant ou derrière, il y toujours une poignée de « morbacs » qui ne te lâchent pas ! C’est dingue ! ».

La tactique…
« Dans la partie que j’ai vécue, ça a été beaucoup de gagne-petit. Mais ce n’est pas inintéressant. Les seuls qui ont gagné beaucoup sont ceux revenus par derrière comme Mich' (Desjoyeaux). Derrière, les conditions étaient meilleures, pour autant que les gens aient le talent de les exploiter, ce qui est le cas de Mich ».

Michel…

« On le connaît depuis toujours. C’est un des meilleurs. C’est assez simple, quand la mécanique répond, il y a des gens qui savent faire et qui s’expriment. Dans son cas, il s’exprime très bien. Très très bien. Il n’y a pas à commenter… Même si la messe n’est pas dite. Jusqu’à l’équateur, il reste encore un peu de suspense, après, en général, les garçons savent bien contrôler les choses. Ça va être intéressant ».

Le rapatriement de Gitana Eighty
« Notre ami Zolive, responsable des opérations spéciales, est là bas, il s’occupe du bébé. On va le charger ainsi que les deux autres (Ecover et Temenos également arrivés à Perth) aux alentours du 17 janvier. On a trouvé un cargo qui nous emmène les bateaux (via Singapour) au Havre très rapidement, mi-février. La dernière semaine février, on peut espérer que Gitana Eighty  rentre dans son cocon à la Trinité pour un chantier… »
 

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