Le sort des marins est indissociable de celui des bateaux. Leur performance et leur vie en dépendent. En ce 61e jour de course dominé par Michel Desjoyeaux, la litanie des pépins techniques et menus travaux se poursuit. Le matériel s’use. Les hommes aussi.
La voile est un sport mécanique, une particularité qui prend tout son relief à travers le prisme du Vendée Globe. Si la machine fait défaut, le compétiteur n’est rien. Et dans les immenses déserts liquides qui façonnent le parcours, la vie du marin en dépend. C’est pourquoi les monocoques, complexes puzzles de 18 mètres constitués de carbone, de fibres exotiques et de métal, sont l’objet de toutes les attentions.
Pas un jour ne passe sans que les navigateurs ne fassent le tour du propriétaire ou ne s’affairent à bricoler sur le pont. Pas un jour ne passe sans que les uns ou les autres n’évoquent la liste du matériel défectueux à réparer ou à remplacer.
Norbert Sedlacek qui a dépassé le sud de la Nouvelle-Zélande, déplore un rail de mât abîmé; Steve White qui a réparé son vît-de mulet et réinitialisé ses pilotes automatiques, a dû effectuer quatre ascensions d’affilée dans le mât de Toe in the Water ; Dee Caffari, qui navigue à vue avec Arnaud Boissières au niveau de la dernière porte de sécurité Pacifique, surveille avec attention sa grand-voile abîmée ; Marc Guillemot, à 1000 milles du cap Horn, est coincé avec 3 ris dans la grand-voile et devra s’arrêter pour réparer son rail de mât ; Samantha Davies récupère après une journée éreintante à réparer ses moyens de communication, une bosse de ris et son hâle-bas de grand-voile ; Armel Le Cléac’h, dans l’est des Malouines, évoque une usure générale de Brit Air tandis que Roland Jourdain s’échine à chaque manœuvre, à basculer sa quille à la force des bras.
Histoires de couples
Aussi, au fil des milles de cette giration planétaire, un lien étroit se tisse entre le marin et son navire, qui ressemble parfois, comme le disait Mike Golding juste avant de démâter, à des relations de vieux couple tantôt houleuses, tantôt parfaitement harmonieuses.
A ce titre, Sam Davies et Roxy semblent convoler en justes noces ! A la vacation du jour, la navigatrice anglaise, attendue au cap Horn dans la nuit de samedi à dimanche, confiait la confiance totale qu’elle plaçait en son bateau. Une confiance qui s’accroît de jour en jour, fondée sur sa propre vigilance, mais surtout sur les milliers de milles parcourus en amont à bord de l’ex PRB.
A sa façon de naviguer - 24e jour en tête de course ! -, Michel Desjoyeaux pourrait en dire autant de son Foncia, qui ressemble à tout sauf à un bébé ingrat !
Fatigue et pédale douce
De là à dire que quand le bateau va, tout va…Pour tirer toute la quintessence d’une machine, si rutilante soit-elle, encore faut-il être en pleine possession de ses moyens. Or, après 61 jours de mer, les organismes ont tendance à s’épuiser. A la vacation du jour, Marc Guillemot accusait une grande fatigue. Le skipper de Safran avouait avoir de plus en plus de mal à se réveiller, à « percuter » pour aller manoeuvrer et ne plus être en mesure de suivre la même cadence qu’auparavant. La faute au rythme de course, au travail de sape du grand sud mais aussi, probablement, aux infortunes dont il a été un des témoins actifs. Dee Caffari, elle aussi, confiait avoir été refroidie voire choquée par tous les incidents survenus à ses compagnons et se découvrait plus émotive qu’elle ne le pensait. A bord d’Aviva, malgré une superbe bagarre au contact avec Arnaud Boissières, c’est pédale douce.
Des océans plus pacifiques
Heureusement en ce 61 jour de course, le Pacifique et l’Atlantique Sud modèrent leurs ardeurs. Ce vendredi, le vent ne devait pas dépasser les 30 nœuds pour Bahrain Team Pindar, Akena Vérandas, Aviva, Safran, Roxy et en Atlantique, Brit Air. Quant aux autres, ils profitaient même d’un épisode plus calme, à l’image de Michel Desjoyeaux et Roland Jourdain, aux prises avec un énorme anticyclone calé sur leur trajectoire. Les deux hommes ont évolué toute la journée à 10 nœuds de moyenne… un rythme qui ne devrait pas s’accélérer avant samedi à la mi-journée.
Vincent Riou : le jury acte le principe d’un redressement
Depuis 48 heures, la course est finie pour Vincent Riou, arrivé hier matin à Puerto Williams (canal de Beagle) en compagnie de Jean le Cam. Les dommages collatéraux provoqués par le sauvetage de Jean, entraînant le démâtage de PRB, ont logiquement poussé Vincent à demander réparation auprès du jury international du Vendée Globe. Le principe de cette réparation a été accepté et PRB apparaît donc toujours dans le tableau de classement comme RDG (redress given), en attendant de savoir quelle sera la nature des réparations accordée par le jury international.
C.El