L’actualité de la semaine a démarré avec le passage de Desjoyeaux au cap Horn, toujours en tête de la flotte et suivi de près par Roland Jourdain. Ensuite devaient se présenter Le Cam, Riou et Le Cléac’h. Le Cam a chaviré, Riou l’a récupéré mais dans l’opération un outrigger s’est brisé puis le mât est tombé. Du coup Le Cléac’h figure en troisième position au pied de la remontée de l’Atlantique devant… Samantha Davies, devenue star du Vendée Globe.
Seulement douze des trente voiliers au départ sont encore en course et les derniers figurent dorénavant plus loin des premiers qu’eux-mêmes ne le sont de l’arrivée… Et quand on embouque le dernier tiers du parcours, les jeux ne sont pas faits, loin s’en faut. Le vent, la mer, la faune n’oublient pas de se rappeler à votre bon souvenir. Jourdain, toujours second, est penaud d’avoir heurté une baleine et doit ce faisant consolider son bateau endommagé. Décidément ce Vendée est impitoyable.
Comme en 2001
Michel Desjoyeaux a doublé le cap Horn lundi 5 janvier au milieu de la nuit en heure française. En tête de la course depuis 20 jours, le skipper de Foncia a donc atteint le fameux cap en un temps record dans l’histoire du Vendée (2 heures de moins que Le Cam en 2005) malgré le retard pris au départ suite à ses problèmes techniques et au rallongement du parcours estimé à 1 200 milles. Comme en 2001, son bateau s’appelait alors PRB, Michel mène le bal talonné par Roland Jourdain. L’exploit qu’il faut saluer a toutefois été rapidement occulté par une autre actualité de la course : le chavirage de Jean Le Cam, son sauvetage et ce qui s’est produit ensuite.
Situations inédites
Mardi le 6 janvier, 58ème jour de course, le PC course est prévenu au milieu de la nuit par le staff technique de Jean que VM Matériaux a chaviré environ à 200 nautiques à l’ouest du cap Horn. Peu après, la réception d’un signal de détresse émis par la balise du voilier vendéen confirme la gravité de la situation. Aussitôt, une procédure de sauvetage est mise en place. Un pétrolier et les deux voiliers, PRB et Brit Air sont déroutés. A 9h50’, alors que Jean active une seconde balise de détresse, un avion de la marine chilienne survole la coque blanche et rouge effectivement à l’envers et l’arrière immergé. L’aileron de la quille est incliné et ne porte plus son bulbe. Vers 11h, le pétrolier est sur zone mais ne peut s’approcher de VM en raison de la forte houle. Un premier contact s’établit à 15h 20’quand Vincent Riou vient à raser la coque de VM, entend Jean et comprend qu’il a froid. Avec Armel arrivé sur place, ils entament une veille qui consiste à tourner autour du bateau de façon à intercepter le naufragé quand il évacuera le bateau par la trappe arrière de survie. C’est ce qui se produit deux heures plus tard. Vincent est de faction. Il manœuvre à la voile et réussit à récupérer Jean. Dans la manoeuvre, l’outrigger bâbord heurte la quille de VM et se brise. Par miracle, les deux hommes arrivent à préserver le mât et font route vers le cap Horn. L’idée est de débarquer Jean et de réparer l’attache du mât. Quand patatras, l’espar se casse la figure, à quelques milles au NE du Horn. Privé depuis belle lurette de l’usage de son moteur, PRB est pris ultérieurement en remorque par un bâtiment chilien. La situation d’un voilier empêché de continuer la course après avoir porté assistance à un concurrent est totalement inédite sur le Vendée. Il appartient au jury de statuer sur ce cas d’espèce. Autres inédits : ce sauvetage à rebondissements concerne les deux premiers du précédent Vendée Globe. Quatre ans après, les deux copains de «Porlaf» franchissent le cap Horn ensemble sur le même bateau… Par ailleurs, leurs partenaires, deux sociétés vendéennes du secteur du bâtiment, entretiennent elles aussi des relations amicales et … commercent ensemble. Au piment de l’histoire on peut ajouter qu’Isabelle Autissier, venue au devant de Jean et Vincent en approche de la côte chilienne, a conduit par le passé des voiliers PRB autour du monde.
Observations
Durant la semaine écoulée depuis la position du dimanche 4 janvier à 11h, Michel Desjoyeaux a parcouru 2033 milles en gain au but, soit une moyenne de 12 nds, plus sage que celle tenue dans les mers australes. Le skipper de Foncia a augmenté son avance sur le second Véolia Environnement (passée de 86 à 225 nautiques). L’écart est resté stationnaire avec Armel Le Cléac’h (Brit Air) qui va se voir restituer le temps passé au chevet de VM Matériaux. A contrario, «Miss» Davies qui vient de franchir le cap Horn a notablement réduit son retard (d’environ 300 nautiques) sur le leader. Elle trône désormais à la quatrième place, devant Marc Guillemot, lui aussi rapide malgré une voilure réduite. Le skipper de Safran songe toujours s’arrêter après «le caillou» pour bricoler dans son mât et recouvrer l’usage de toute sa grand-voile. 700 milles plus en arrière, Brian Thompson possède une demi-journée d’avance sur le tandem Dee Caffari/Arnaud Boissières. Beaucoup plus loin encore, les attardés poursuivent leur chemin avec une obsession : atteindre l’Atlantique. Mais quelque soit la distance qui les sépare de leur rival le plus proche, on peut penser que les douze «rescapés» du Vendée sont satisfaits de la place qu’ils occupent dans la course.
Patrice Carpentier