Quoi qu’on puisse développer comme technologie spatiale, les phénomènes météorologiques locaux sont trop complexes pour être modélisés. C’est particulièrement le cas dans cette Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) qui n’obéit pas aux mêmes lois physiques que sous nos latitudes tempérées…
La météorologie est une science (presque) exacte… de l’aléatoire ! Car les centres de prédictions ont beau avoir les plus gros ordinateurs du monde, capables de résoudre des milliards d’équations à la seconde pour intégrer des milliers de données fournies par les navires en mer et les stations à terre, par les satellites, par les radars, les Doppler, les images infrarouges, les rayons ultraviolets, les masses nuageuses, les gradients de pression, les températures au sol, en l’air, en mer… Ils doivent au final simuler des déplacements de particules élémentaires ! Pas facile de savoir si l’atome d’Azote va partir à droite, à gauche, au ciel ou vers la terre, pendant que la molécule de gaz carbonique fait un chemin inverse et que l’aérosol se dilate tandis que les cristaux de sel provoquent une pluie diluvienne ! Fondées sur des lois physiques qui définissent les mouvements de fluides, les prévisions météorologiques s’appuient sur des probabilités, des statistiques, des modèles mathématiques tels que la théorie du chaos, l’effet papillon, les ensembles flous… pour imaginer l’avenir céleste.
La surprise du chef
C’est ainsi que dans cette partie du globe terrestre où Coriolis s’est dissous sous un cumulonimbus, où Buys-Ballot rumine encore ses dépressions, où von Karman a perdu son chemin et où les cellules de Hadley se sont fait phagocyter par les ascendances convectives, se faire surprendre par un nuage aussi imprévu qu’imprévisible n’est pas si surprenant ! Dans ce Pot au Noir, immense brassage de molécules qui s’évaporent par le réchauffement des basses couches de l’atmosphère sous un soleil de plomb, il n’y pas de schémas structurés, pas de simulations fiables, pas de modélisations certaines. Il n’y a que des tendances, des orientations, des observations qui permettent aux navigateurs de préjuger d’une voie, d’un chemin de traverse, d’un zigzag entre les masses nuageuses, d’un périple en la demeure d’une maison à courants d’air… Un coup, je te vois, un coup je disparais ! Il est passé par ici, il passera par là…
Michel Desjoyeaux (Foncia) a souffert toute la journée de lundi avec l’une de ses plus petites moyennes quotidiennes depuis qu’il est parti des Sables d’Olonne il y a 72 jours ! À peine 150 milles et un dauphin qui ne ralentit pas derrière : près de 150 milles de gagner pour Roland Jourdain (Veolia Environnement). Mais voilà, une fois passer ce magma météorologique, les alizés reprennent leur droit et le leader a ainsi pu toucher en matinée, un flux alizéen de Nord-Est d’une vingtaine de nœuds. Les 300 milles qui séparent les deux premiers ne sont toutefois pas suffisants car l’anticyclone des Açores semble vouloir faire des siennes au Nord, pile sur la route vers les Sables d’Olonne !
Pour Marc Guillemot (Safran), ce mardi est favorable : toujours dans un bon flux portant le long des côtes brésiliennes, il est le plus rapide de la flotte, a dépassé Samantha Davies (Roxy) pour lui faire une « cuillère » par l’Ouest, et il commence à devenir pressant sur le troisième, Armel Le Cléac’h (Brit Air). À seulement 850 milles derrière, le Trinitain peut encore espérer une place sur le podium, en comptabilisant le temps attribué par le Jury International pour sa participation au sauvetage de Yann Eliès… Mais il leur reste à tous deux, plus de 4 000 milles à parcourir !
DBo.