Ménage à trois dans l'hémisphère nord

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Le dimanche 25 janvier 2009 à 17:18
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe

Armel le Cléac’h a franchi l’équateur samedi à 19h45. Ils sont désormais trois larrons à ferrailler dans hémisphère nord, à 500 milles d’intervalle. Pour Michel Desjoyeaux au large des Canaries, Roland Jourdain à l’ouest du Cap Vert et Armel Le Cléac’h au sortir du pot au noir, l’itinéraire est pratiquement balisé jusqu’aux Sables d’Olonne. Même conjoncture météo, même combat et vraisemblablement même hiérarchie sur la ligne d’arrivée en Vendée.

Clémence pour Armel
Le pot au noir s’est montré bienveillant avec Armel Le Cléac’h. Est-ce parce qu’il est devenu, en l’absence de Jean Baptiste Dejeanty, le cadet des concurrents encore en course (31 ans) ? Est-ce parce qu’il demeure le premier bizuth du classement ? Ou bien parce qu’il n’a jamais omis, à chaque passage symbolique, de respecter la tradition en partageant avec Neptune sa petite bouteille de champagne ? A ces arguments extravagants, les prévisionnistes de Météo France opposeraient certainement une version plus cartésienne… Il n’empêche, Armel Le Cléac’h s’est offert une traversée sans douleur de la zone de convergence intertropicale, contrairement à son devancier Roland Jourdain. En franchissant ce périmètre de non droit sans s’arrêter, il consolide aussi sa position sur la troisième marche du podium provisoire, une place également convoitée par Marc Guillemot.
Mais en dépit de ses 82 heures de bonus accordées par le jury (pour compenser son arrêt auprès de Yann Eliès), la tâche devient de jour en jour plus difficile pour Marco. Car malheureusement, cette remontée de l’Atlantique sud – une des portions du parcours les plus étudiées par les coureurs – s’avère aussi complexe que contrariante.

Alizés mollassons
La preuve : les progressions erratiques de Marc Guillemot le long des côtes brésiliennes, et de Samantha Davies, plus au large. Les deux navigateurs viennent de vivre une semaine laborieuse entre anticyclone et lignes de grains. Sortis la nuit dernière de ce quartier incertain, ils ne seront que très maigrement dédommagés de leur frustration. Les alizés sensés les emmener jusqu’à l’équateur sont plus que mollassons, avec tout au plus 10 à 15 nœuds de vent.

Les éléments ont été bien plus généreux avec Brian Thompson et Dee Caffari qui ont allongé la foulée vent de travers ces dernières 48 heures. Bonheur éphémère. Les voici tout deux confrontés à la situation que viennent d’endurer Guillemot et Davies. Cette nuit déjà, le skipper de Bahrain Team Pindar s’est retrouvé totalement arrêté sous un nuage…au pointage de 16h00, il n’avançait plus qu’à 7 nœuds et Dee Caffari à 5.

Et quid d’Arnaud Boissières, désormais bel et bien ‘semé’ par ses anciens camarades de jeu britanniques ? A bord d’Akena Véranda, il s’apprête à passer plusieurs jours au près dans des vents médium. Même sanction pour Steve White, mais en version musclée. Le marin britannique n’est pas des plus vernis : il est peut-être celui qui a le plus navigué face au vent depuis le départ de ce Vendée Globe !

Cette remontée de l’Atlantique qui fleure bon le retour à la maison semble vouloir faire durer le plaisir sur une flotte pourtant impatiente d’accélérer.
Mais cette accélération est surtout promise aux hommes du Pacifique qui profitent de vents portants plus soutenus, qu’il s’agisse de Rich Wilson, à 200 milles du cap Horn, ou du tandem Dinelli/Sedlacek, en approche de la dernière porte de sécurité.

Michel cache sa joie
« La messe est dite », parole de Michel Desjoyeaux, qui, à l‘instar de tous les pronostiqueurs, ne voie pas comment la course pourrait lui échapper. Pourtant, par sagesse, expérience ou superstition, le marin de Port La Forêt se garde bien d’exulter prématurément. L’esprit libéré par ses 500 milles d’avance, mais néanmoins concentré sur le matériel, Mich’ Desj’ prône et applique une navigation « zen » au voisinage de l’anticyclone des Açores. Pendant 48 heures, le bateau blanc devrait être ralenti, le temps de traverser la dorsale. Ensuite, en route pour de belles glissades émaillées d’empannages au gré d’un flux perturbé venu de Terre Neuve. Voilà le programme du leader jusqu’à la ligne d’arrivée vendéenne… samedi ou dimanche prochain.

Même itinéraire, même combat
Bilou expérimente actuellement les mêmes conditions que celles rencontrées par Michel Desjoyeaux deux jours auparavant : une navigation peu confortable dans des alizés très capricieux en force et une mer formée. Même conjoncture donc peu de conjectures : le skipper de Veolia Environnement n’a pas d’autre choix que de calquer sa stratégie sur celle de son prédécesseur : il devrait emprunter la même route pour contourner l’anticyclone, puis filer au portant vers les Sables d’Olonne.

C.El