Dernier acte

Articles

Le lundi 26 janvier 2009 à 20:16
© Benoit Stichelbaut / Veolia Environnement

Depuis plusieurs jours que les écarts se sont stabilisés en tête de flotte, chacun commence à se mouler dans le rôle que son statut lui accorde. En tête de flotte, Michel Desjoyeaux (Foncia) livre à doses homéopathiques des informations marquées jusque là du sceau du secret. Roland Jourdain (Veolia Environnement) endosse petit à petit le costume du concurrent malheureux qui aura une belle part du cœur du public. Armel Le Cléac’h (Brit Air) se sent visiblement plutôt à l’aise en meilleur espoir appelé à jouer le premier rôle dans un autre spectacle. D’autres acteurs, à l’instar de Sam Davies (Roxy) et Marc Guillemot (Safran), ont décidé de jouer les prolongations.

D’ici quelques jours, le rideau va tomber sur la grande tragi-comédie du Vendée Globe 2008-2009. Entre coups de théâtre, rebondissements improbables, les trente artistes du début, depuis qu’ont été frappés les trois coups sur les pontons de Port Olona, n’ont pas manqué d’entretenir le suspens d’une histoire qui n’a pas manqué de souffle. Normal, quand il s’agit de faire le tour du monde par les trois caps et quand on réunit pour cela un des castings les plus époustouflants de la tribu des coureurs de haute mer. Même si, certains d’entre eux ont trouvé que leur participation se limitait à la portion congrue.

A l’avant-scène, Michel Desjoyeaux finit de dévoiler toutes les facettes de son personnage : au navigateur détaché au verbe poétique en passant par le compétiteur taiseux, il ajoute une nouvelle figure en révélant à quelques jours de l’arrivée comment il aurait pu, tel Achille vaincu par son talon, ne pas finir cette histoire pour cause d’un axe de boitier de safran défectueux. L’anecdote rappelle que la victoire tient parfois à peu de choses… Elle montre aussi que le navigateur de Port-la-Forêt s’estime suffisamment protégé à moins de 2000 milles de l’arrivée pour dévoiler quelques uns des défauts de sa cuirasse.
Roland Jourdain ne tient finalement pas d’autre discours quand il reconnait ne pas souhaiter voir ce Vendée Globe basculer sur un coup de dés provoqué par un événement de mer extérieur au bateau. Pour lui, les dernières heures doivent être d’autant plus longues, qu’à la frustration de ne pas avoir pu jouer la gagne jusqu’au bout, s’ajoute cette épée de Damoclès : faire que la réparation de fortune effectuée suite à sa collision avec un cétacé tienne jusqu’à la ligne d’arrivée. Tension des dernières heures à ménager le matériel et léger goût d’insatisfaction, on peut imaginer que Bilou soit maintenant pressé d’en finir.
Armel Le Cléac’h sait, quant à lui, qu’il a tenu la baraque, comme on dit dans le métier. Sans effets de manche, il s’est imposé comme un des acteurs majeurs de l’histoire, prenant petit à petit de l’épaisseur au fil et à mesure du temps. Il peut savourer ces dernières heures sans d’autre retenue que lui dicte la nécessité de naviguer en bon marin.

 

Distribution concurrentielle

Mais une bonne intrigue demande aussi des seconds rôles de qualité. S’ils ne sont pas toujours en haut de l’affiche, ils sont indispensables pour la richesse de l’histoire. A ce titre Sam Davies et Marc Guillemot jouent ici un contrepoint haletant où la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain. Après avoir vu le navigateur trinitain revenir du diable vauvert, la jeune anglaise a retrouvé de nouvelles couleurs et semble en passe de pouvoir à nouveau lui disputer la quatrième place en temps réel.
De même, le trio franco-britannique, Arnaud Boissières (Akena Vérandas), Dee Caffari (Aviva), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) compte bien mener au bout sa propre histoire : un bizuth talentueux sur un bateau de plus de huit ans d’âge, une jeune femme qui, contre vents et marées, s’obstine à faire avancer son bateau dont la voile part en lambeaux tiennent tête à un baroudeur des océans qui, à force de volonté, a fini par prendre la mesure d’un bateau pour le moins exigeant.

Enfin, sans ses silhouettes, un casting ne vaudrait rien : ce sont eux qui donnent leur chair à l’œuvre : Steve White (Toe in the water) que l’on n’attendait pas forcément à pareille fête, continue de défier des vents contraires dans sa remontée de l’Atlantique sud. Rich Wilson (Great American III), en vieux sage, fête à sa manière une nouvelle ère pour les Etats-Unis en doublant le Cap Horn. Enfin, le nouveau duo des inséparables Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) s’est déchiré suite aux soucis techniques de l’Autrichien. Qui sait, si à la faveur d’une escale de Raphaël pour réparer sa drisse de grand-voile, ces deux-là ne se retrouveront pas pour finir l’histoire en toute humanité…


PFB