Victime d’une avarie de quille à 640 milles au sud-ouest des Açores, probablement consécutive à son choc avec un cétacé, Roland Jourdain (Veolia Environnement) devrait probablement tenter de rejoindre l’archipel portugais avant de décider de la conduite à tenir par la suite. Ce nouveau coup du sort rappelle à quel point la chance peut peser sur le cours final d’une course aussi dense que ce Vendée Globe. Pour Armel Le Cléac’h (Brit Air), l’espoir, encore fou hier, de finir second risque de devenir réalité. Michel Desjoyeaux (Foncia), quant lui, estime arriver aux Sables d’Olonne dans la journée de dimanche.
Au jeu du mistigri, il y a ceux qui arrivent à se débarrasser illico du valet de pique et ceux qui, malgré tous leurs efforts, le conservent dans leur main jusqu’à la fin de partie. Roland Jourdain, depuis son retour en Atlantique, a dû hériter d’une mauvaise donne car, visiblement, la poisse lui colle aux basques. Auteur d’une course remarquable jusqu’au Cap Horn, il avait été le seul à résister au passage de la comète Desjoyeaux et ne possédait encore à l’entrée de l’Atlantique qu’une centaine de milles de retard sur son condisciple de la Vallée des Fous. Installé en deuxième position depuis le 16 décembre, le skipper de Veolia Environnement n’a lâché prise dans sa course poursuite que contraint par les soucis techniques consécutifs à sa collision avec un cétacé. Dès lors, il semble bien que les vents contraires n’aient cessé de souffler pour Bilou.
Celui qui, hier encore, trouvait encore la force morale de tourner en dérision les milles de retard accumulés depuis son infortune de mer, doit commencer à trouver la plaisanterie particulièrement saumâtre. Qu’on en juge : des heures à consolider à la perfection une cloison de pied de mât, à poncer le carbone, à procéder à des collages sophistiqués pour voir le leader s’échapper dans les alizés de l’Atlantique sud. Suivaient un pot-au-noir particulièrement coriace, puis un anticyclone des Açores qui dardait ses tentacules sur la route du navigateur. Cette dernière avanie risque, hélas, de peser très lourd dans la balance. La mer, non contente d’être cruelle, est parfois d’une injustice terrible. A 17h, Bilou continuait de naviguer à vitesse réduite en direction de l’archipel des Açores. Il n’avait jusque là pas pris de décision définitive : il est bon parfois de laisser du temps au temps.
La force du destin
On comprend mieux la prudence d’un Marc Guillemot (Safran)qui, alors qu’il s’apprête à rejoindre l’hémisphère nord rappelle à quel point la route est encore longue. Céder à l’impatience serait mettre à bas tous les principes qui ont guidé sa navigation depuis le départ ; et le Trinitain avait, lui aussi, quelques raisons de s’en prendre aux caprices du destin. Sa navigation, ponctuée de multiples rebondissements, avait tout pour faire sortir de sa course un marin qui n’aurait pas eu définitivement la tête sur les épaules. Cependant, au vu des multiples incidents qui ont émaillé l’épreuve, Marc pouvait se dire qu’au final il avait encore la chance de toujours pouvoir se battre pour une place d’honneur… Michel Desjoyeaux (Foncia), quant à lui, continue sa marche triomphale, même s’il a vécu selon ses propres dires, « une nuit de m… ». Vents oscillants entre le sud-ouest et le nord-ouest de 12 à 53 nœuds, traversée d’une zone de reproduction des baleines et une route qui devrait l’amener au large du Cap Finisterre où viennent d’être signalés des conteneurs en dérive. Le skipper de Foncia trouvait à la vacation de ce matin qu’Eole et Neptune semblaient se coaliser pour semer le terrain d’embuches. Au vu des malheurs de ses petits camarades, il devrait finalement considérer que les dieux de la Rome Antique ont été jusque là plutôt cléments…
PFB