Le facteur chance
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Le vendredi 30 janvier 2009 à 16:57On a beau être un marin bourré de talent, naviguer sur un bateau fiable et ultra préparé, le succès ne tient parfois qu’à un fil. Si Michel Desjoyeaux a cumulé toutes ces qualités, il a aussi bénéficié de cette once de réussite qui fait qu’une course parfaite peut se muer en victoire. Ce coup de pouce du destin a fait défaut à Roland Jourdain. Alors que Foncia est attendu dimanche matin aux Sables d’Olonne pour un doublé historique, son valeureux dauphin navigue sans quille dans l’espoir de réussir à terminer sa course
La faute à pas de chance
La chance, la veine, la bonne étoile… Les marins préfèrent le terme de « réussite ». Appelez cela comme vous le voulez, mais cette part d’irrationnel est un des ingrédients essentiels de la performance.
Au-delà des casses purement mécaniques, plusieurs concurrents de ce Vendée Globe – parfois les meilleurs - ont été la proie de hasards malencontreux, sous la forme de rencontres avec des objets flottants. C’est vraisemblablement le cas d’Alex Thomson (Hugo Boss), et de façon certaine celui de Jonny Malbon (dérive endommagée), Jean Pierre Dick (les deux safrans cassés) et Jean Le Cam (bulbe arraché ayant entraîné son chavirage).
Cette faute à pas de chance, Bilou en est la dernière victime en date. Car la perte totale de la quille de Veolia Environnement est semble t-il une conséquence tardive de sa rencontre le 8 janvier avec un mammifère marin. Ce choc avait déjà contraint Roland Jourdain à transformer l’intérieur de son monocoque en atelier de stratification pour réparer sa cloison de pied de mât fissurée. Dans l’opération et avec l’obligation de naviguer avec prudence, il avait perdu beaucoup de terrain sur le leader.
Carène liquide
Aujourd’hui, Bilou est toujours en course, à plus de 1000 milles de Foncia et 350 milles devant Armel Le Cléac’h. Sous deux ris et petit foc, il progresse à 6-8 nœuds, 450 milles dans le sud-ouest des Açores. Le fond de son bateau entièrement ballasté, il n’est stabilisé que grâce à cette carène liquide et progresse sur le fil du rasoir. Dans sa tête, la mission est claire : « Mon objectif est de rentrer aux Sables d’Olonne, mais je ferai gaffe à ma peau ».
La détermination de Roland Jourdain semble être décuplée par l’adversité. Toutefois, sa réussite est entièrement liée à la météo, sachant qu’il devrait affronter les mêmes conditions musclées que celles vécues par Michel Desjoyeaux. Pour l’heure, le finistérien est confiant et estime qu’il peut tenir la route même dans 45 nœuds de vent, si la mer reste raisonnable.
S’il y a une morale dans cette histoire, Roland Jourdain doit pouvoir gagner son pari. Car il a été un des protagonistes les plus méritants de cette épopée autour du monde. Dans le wagon de tête depuis le départ, il s’est emparé de la deuxième place au moment où Mich’ Desj’ prenait les commandes, le 16 décembre dernier. Depuis lors, il est le seul concurrent à s’être maintenu dans la roue de Foncia, sa seule véritable menace depuis les premières glissades dans le Pacifique.
Foncia attendu dès dimanche matin
Aujourd’hui, Michel Desjoyeaux a perdu un adversaire de taille et son chemin victorieux jusqu’aux Sables d’Olonne semble parsemé de roses. Depuis 48 heures, Foncia cravache au fil des fronts et fonce à 16 nœuds moyens en direction du golfe de Gascogne. Attendu dès dimanche aux aurores, son souhait est désormais de profiter pleinement des dernières heures de course. Couper le téléphone et humer les dernières bouffées d’iode, ultimes plaisirs solitaires avant le bain de foule et le grand tourbillon de l’arrivée…Voilà le programme de l’homme de tête, en route pour un deuxième sacre historique en Vendée.
Autres positions, autres réalités
Pour les navigateurs à la poursuite du trio de tête, la ligne d’arrivée est encore loin. Samantha Davies et Marc Guillemot débutent leur remontée dans l’hémisphère nord sous la menace directe de Brian Thompson, lui-même en plein pot au noir. Septième, Dee Caffari est en train d’aborder cette zone délicate. Arnaud Boissières est soulagé de pouvoir progresser vers l’équateur avec un vent enfin orienté dans le bon sens; Steve White est toujours au près au large du Brésil ; Rich Wilson vient d’essuyer un coup de tabac et devra se rapprocher des côtes s’il veut trouver des vents portants. Enfin, Raphaël Dinelli et Norbert Sedlacek plongent tranquillement vers le sud en direction du cap Horn. Ils devraient franchir le rocher en plein marasme anticyclonique, d’ici trois jours.
Les Sables d’Olonne à l’heure des arrivées
Le Village Arrivée a officiellement ouvert ses portes au public ce vendredi matin à 10h30. La vacation du jour, animée en présence de Philippe de Villiers, Président de la SEM Vendée, organisatrice du Vendée Globe, de Patricia Brochard, Présidente de Sodebo et de Louis Guédon, le Député -Maire des Sables d’Olonne, a accueilli plusieurs centaines de personnes. A terre, on se met au diapason des arrivées. L’organisation se met en branle pour accueillir dignement ses héros.
C.El
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