Vendée Globe

Les commentaires du vainqueur

Les commentaires du vainqueur
© Mark Lloyd / DPPI / Vendée Globe
Le 01 février 2009

Accueilli en héros par des dizaines de milliers de spectateurs, Michel Desjoyeaux a dû patienter près d’une heure avant de pouvoir remonter le chenal jusqu’au ponton du Vendée Globe. Après les interviews à chaud, un tour sur le podium pour remercier le public chaleureux malgré un froid piquant, le vainqueur du tour du monde en solitaire a répondu aux questions des journalistes.

Arrivé à 16h 11’ 08’’ ce dimanche 1er février, Michel Desjoyeaux n’a mis que 84j 03h 09’ pour faire le tour du monde, soit une moyenne sur l’orthodromie de 24 840 milles de 12,30 nœuds… et 3 jours 07 heures 39 minutes de mieux que le temps de référence établi en 2004-2005 !

« C’est incroyable avec ce rayon de soleil : j’ai beau l’avoir vécu il y a huit ans… Je profite de l’instant : je réfléchirais après. Je ne me suis jamais posé la question de mon retard.
« J’ai remporté ce Vendée Globe avant le départ, dans les choix, dans l’équipe, dans l’expérience accumulée… C’est plein de choses, et 20% de course où il a fallu mettre du charbon, mais je ne me suis pas fait mal. J’étais à l’aise dans ce que je faisais. Même le 25 décembre après mes problèmes de safran : je ne me suis pas apitoyé sur mon sort. »

« On sait que le Vendée Globe est dur et c’est un peu normal qu’on ne soit pas si nombreux à l’arrivée. Je n’ai pas réussi à dormir la nuit dernière… Le monde n’a pas rétréci, mais on peut faire moins de 80 jours pour faire le tour du monde puisqu’il était déjà possible de descendre la barre dès cette année s’il n’y avait pas eu autant de glaces ! »

Victoire, Bilou, les autres

Mon entourage me dit que je suis très exigeant, d'abord vis à vis de moi-même, et comme je suis tout seul, ça tombe bien. C'est celui là que j'avais envie de gagner, c'est celui là que j'avais envie de faire. Roland, je croyais qu'il avait abandonné et qu'il avait jeté l'éponge, mais c'est incroyable, je ne sais pas si je serais capable de faire ce qu'il est en train de faire. J'espère qu'il aura assez à manger, remarque il pourra peut-être pêcher une baleine au passage... Soyez aussi nombreux pour les autres, ils le méritent.

Arrivée

C'est un grand moment de soulagement. Je ne sais pas quoi dire. Rien. Demain matin quand je me lèverai, peut-être que je vous dirai autre chose, mais là je ne sais pas quoi dire. En fait, je vais vous avouer une vacherie, il y a quelques jours j'étais dans les alizés, cap au nord et j'avais mon bilou national derrière, le classement tombe, j'allais à deux dixièmes de nœuds plus vite que lui, ça m'a énervé, je suis sorti et j'ai bordé les voiles. J’avais jamais fait ça, les deux dixièmes, ça ne me suffisait pas. Une mentalité de gagneur qui devait être là et qui ne s'était pas encore exprimée comme ça...

En tête le 16 décembre

On m'apprend que je suis en tête parce qu'il y en a un qui a démâte (Mike Golding, ndr), donc ce n'est pas forcément très enthousiasmant. La chevauchée fantastique que je venais de faire arrivait, non pas à son terme, mais à ce que j'étais venu chercher. Mais ça m’a fait bizarre qu'on me dise que je suis virtuellement en tête parce que Mike Golding a démâté. Prendre ça en pleine figure, ça fait un peu étrange quand même.

Le demi-tour
Je pense que ce n'est pas pour faire demi-tour que j'étais allé faire le Vendée Globe, surtout au bout de 24h. Il y a des mauvaises langues qui ont dit que j'avais peut-être besoin de ça pour me transcender, je leur laisse la responsabilité de leurs propos. Il y avait beaucoup de monde à 10h à mon retour... C'était comme un arrêt au stand lors d'un grand prix, on s'arrête et on repart. On sait que sur le Vendée Globe, il peut se passer plein de choses. Hier après-midi, j’ai explosé une palette, là, dans le golf de Gascogne, avec mes safrans. Ça aurait pu être un container... Tant que vous n'êtes pas passé entre le Nouch et le bateau de la SNSM, il faut serrer les fesses !

Les petits mails de Michel

Il n'y a pas beaucoup de courses où on a autant l'occasion de s'exprimer, du coup, ça nous expose à la critique, mais aussi j'espère, au partage et c'est ce que j'ai essayé de faire. Peut-être plus spontanément qu'en d'autres occasions.

Sérénité

Entre 2001 et celui-ci, je n'ai pas perdu mon temps. J’ai fait pas mal de multicoque et les deux bateaux de tête, que ce soit moi ou Bilou, on est deux skippers qui ont beaucoup pratiqué la course au large, sur des bateaux casse-gueule comme les multicoques. Ça permet d'apprendre à garder une certaine sérénité.

Une légende ?

Les légendes, c'est des gens qui ne sont plus là, moi je suis encore là et je ne suis pas prêt de prendre ma retraite.

Les petits mails de Michel… suite

On envoyait nos messages à la direction de course, et tout était transmis en direct sur le site. Ça m'a fait chaud au cœur de savoir que ça pouvait provoquer le bonheur de certaines personnes qui pouvaient aller lire ces messages. Mais ça prend du temps et comme on arrivait dans les mers du sud, l'environnement était plus exigeant. J'ai eu le malheur d'arrêter de me lâcher et de m'exprimer de cette façon là. Cette nuit, je suis allé au bout de ma boite à mail et puis j'ai remonté tout le truc. Quand on les regarde avec un peu de recul, c'est vrai qu'on s'amuse bien.

Tueur
Quand tu vois que la navigation que tu fais se passe bien, que tu passes du temps sur ta machine et que tu vois que tu progresses pour être le premier d'entre tous, là tu te dis que tu n'es plus là pour rigoler, plus là pour sauver les meubles. C’est là que mon côté prédateur a repris le dessus.

Loïck Peyron

C'est le premier mail que j'ai envoyé à un concurrent direct, en lui disant « tu fais chier ». Je venais juste de revenir, on allait s'amuser et voilà. On s'était déjà amusés en multi, et ça m'a fait chier pour lui, il était bien dans le rythme, alors que physiquement ça ne doit pas être facile avec les jeunes loups autour, car il est pas tout jeune - je ne suis moi même plus tout jeune – et je pense qu'il a quand même dû cotiser dur pour maintenir ce rythme. De voir qu'il s'arrêtait de cette façon là, ça ne m'a pas plu, donc je l'ai engueulé.

Pas d’excès de vitesse

Le Vendée Globe, ça dure à peu près trois mois et tous les jours il nous arrive des merdes. Des petites, des moyennes, des grosses, et le but du jeu c'est de ne pas te laisser faire. Forcément, si t'arrives à te sortir de ces mauvais pas et de tous ces petits avatars, tu peux continuer à t'exprimer et à faire ce que tu veux faire. Paradoxalement, tous les problèmes que j'ai eus, il n'y en a aucun que j'attribue à un excès de régime, à une manette des gaz poussée trop loin. J'ai fait des figures libres, des départs au lof, à me retrouver en pleine nuit avec le bateau à moitié couché. Quand des voix s'élevaient et me disaient que j'allais trop vite, j'essayais de me mettre en face de moi-même et de me demander si j'allais trop vite ou pas. Je me suis dit que non, et c'est passé.

200%

Des fois j'entends dire « t'as mené ton bateau à 200% ». Allez dire ça à un architecte naval, il va éclater de rire. Pour atteindre les 100%, il doit déjà s'arracher, et nous, on va beaucoup moins vite que les 100%. Donc j'ai essayé de les approcher, mais on est seul à manœuvrer et on ne peut pas être partout. Quand on regarde les polaires issues des cabinets d'architecte, et qu'on compare avec ce qu'on a fait dans les mers du sud, on était très en dessous. J'étais 25% en dessous des performances théoriques du bateau, parce que je ne peux pas torcher 24h de spi. Jules Verne n'a qu'à bien se tenir et les 80 jours, on va passer en dessous, il suffit que les conditions soient réunies, mais il n'y a rien qui me fait dire qu'on a été trop vite.

Passion

Je fais ça parce que je m'amuse, que ça me plaît, que c'est ma passion et que je ne sais pas faire grand chose d'autre. Être une légende, être au panthéon, ça ne m'intéresse pas.

Prétention ?

Si vous me connaissiez bien, vous sauriez que souvent, on me traite de modeste, mais je vais peut-être un peu loin quand je passe de l'autre côté de la barrière. Je dis ce que je pense, et ça ne plait pas toujours aux autres. Je dis les faits, j'ai mon franc parler, ça plait ou ça plait pas. Ce n’est pas très grave, mais au moins, j'avance.

La chance

La « vista », comme disent les italiens... Quelqu'un a dit : quand la chance se répète, ça s'appelle du talent. Mais cette définition n’est pas de moi !

 

 

Réservez votre séjour en Vendée Vendée Globe Junior CCI Vendée Vendée Expansion Devenez Partenaire Inscription à la newsletter La bande-annonce 2012 Affiche officielle 2012 - 2013